Jean-Jacques Nattiez. A Tribute
Katharine Ellis
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“Honte, Katharine, honte!” It was exclaimed with a characteristic twinkle in the eye when I confessed, as a scholar of the nineteenth century, to having never been to Bayreuth. Of course, I was talking to someone who had not only been steeped in Wagnerian scholarship (among many other things) for decades, but who had actually worked backstage at the Festspielhaus. Jean-Jacques and I had not met, however, to talk about Wagner. Neither was our project a resumption of the translations and English-language reworkings on semiotics that I had done for him in the late 1980s, and which constituted our first meeting point. It was something more personal, and with which I felt privileged to be involved: Jean-Jacques had invited me to the family flat in Paris to show me the archive of his father Jean’s activity as a music critic in postwar Amiens, the town where Jean-Jacques grew up. Soon after, I clambered aboard the Eurostar with two suitcases stuffed with precious albums of press cuttings and private correspondence, the plan being to write an article based on these materials1Katharine Ellis, « Jean Nattiez as Music Critic in Amiens, 1946-1963. The Challenges of Post-War Musical Reconstruction », Journal of Music Criticism, vol. 7, 2023, p. 1-50, https://www.luigiboccherini.org/2024/01/11/journal-of-music-criticism-7-2023/ ; Katharine Ellis, « Jean Nattiez, critique musical à Amiens, 1946-1963. Les défis de la reconstruction musicale de l’après-guerre », Revue musicale OICRM, vol. 11, no 2, 2024, p. 174-215, https://doi.org/10.7202/1116733ar..
Jean-Jacques is nothing if not patient. Years went by, with occasional gentle enquiries as to how I was getting on. In truth, the project was daunting, not just because of its size (over 1000 reviews, all of them substantive) but because I had been entrusted with a slice of Jean-Jacques’s family history which he obviously held dear. What would I find? What if I found something unfortunate? After all, Nattiez senior had reached adulthood in the late 1930s, with fascism and racism swirling, wartime defeat followed by Vichy, and the French colonially enmired. He began writing music criticism when old certainties and hierarchies were being questioned amid the rise of youth culture and American styles of popular music. He was also an opinionated and trenchant writer who wasted no words.
In the end I needn’t have worried. Not because Nattiez senior emerged unscathed from the political and moral challenges of his time, but because Jean-Jacques’s generosity of spirit meant that on reading my first draft, he took it in the round and revelled in this trip down memory lane. For the best bits of the article, published first in English and then translated into French in a lightly revised form, readers should seek out the parallel narrative of Jean-Jacques’s emailed comments, which give an extraordinary insight into the nature of family life with a pillar of the community who is nevertheless kept on a short leash at work and subject to ambush at home by aggrieved readers protecting their loved ones from the brutality of real-world critique. These brief explosions of memory—about conservatoire competitions, journalistic power struggles, and the value of jazz—bring the article to life. Thank you, Jean-Jacques, for this culmination of your trust and your collaboration.
Jean-Jacques Nattiez. Un hommage
Katharine Ellis
« Honte, Katharine, honte ! » cria Jean-Jacques, une étincelle dans les yeux, après que j’aie avoué, en tant que spécialiste du XIXe siècle, ne jamais être allée à Bayreuth. Bien sûr, je parlais à quelqu’un qui avait non seulement été imprégné d’érudition wagnérienne (parmi beaucoup d’autres choses) pendant des décennies, mais qui avait en plus travaillé dans les coulisses du Festspielhaus. Jean-Jacques et moi, cependant, ne nous étions pas rencontrés pour parler de Wagner. Notre projet n’était pas non plus une reprise des traductions et des remaniements en anglais de la sémiotique que j’avais effectués pour lui à la fin des années 1980, et qui constituaient notre premier point de rencontre. C’était quelque chose de plus personnel, et à laquelle je me sentais privilégiée d’être associée : Jean-Jacques m’avait invitée dans l’appartement familial à Paris pour me montrer les archives de son père Jean, critique musical d’après-guerre à Amiens, la ville où Jean-Jacques a grandi. Peu après, je suis montée à bord de l’Eurostar avec deux valises remplies de précieux albums de coupures de presse et de correspondance privée, le projet étant d’écrire un article basé sur ces matériaux2Katharine Ellis, « Jean Nattiez as Music Critic in Amiens, 1946-1963. The Challenges of Post-War Musical Reconstruction », Journal of Music Criticism, vol. 7, 2023, p. 1-50, https://www.luigiboccherini.org/2024/01/11/journal-of-music-criticism-7-2023/ ; Katharine Ellis, « Jean Nattiez, critique musical à Amiens, 1946-1963. Les défis de la reconstruction musicale de l’après-guerre », Revue musicale OICRM, vol. 11, no 2, 2024, p. 174-215, https://doi.org/10.7202/1116733ar..
Jean-Jacques n’est rien d’autre que patient. Les années se sont écoulées, ponctuées à l’occasion de questions bienveillantes portant sur mes progrès. En vérité, le projet était intimidant, non seulement en raison de sa taille (plus de 1000 critiques, toutes substantielles) mais aussi parce qu’on m’avait confié une tranche de l’histoire familiale de Jean-Jacques qui lui était manifestement chère. Qu’est-ce que j’allais trouver ? Et que se passerait-t-il si je trouvais quelque chose de troublant ? Après tout, Nattiez père avait atteint l’âge adulte à la fin des années 1930, à l’époque du fascisme et du racisme tourbillonnants, de la défaite de 1940 suivie par Vichy, et d’une France embourbée dans ses colonies. Il a commencé sa carrière de critique pendant une période où les vieilles certitudes et hiérarchies avaient été remises en question au milieu de l’essor de la culture des jeunes et des styles de musique populaire américains. C’était aussi un écrivain opiniâtre et tranchant à l’écriture concise et maîtrisée.
En fin de compte, je n’aurais pas dû m’inquiéter. Non pas parce que Nattiez père est sorti indemne des défis politiques et moraux de son époque, mais parce que la générosité d’esprit de Jean-Jacques a fait en sorte qu’à la lecture de ma première ébauche, il l’a prise à bras le corps et s’est délecté de ce voyage dans le passé. Pour les meilleures parties de l’article, d’abord publié en anglais puis traduit en français sous une forme légèrement révisée, les lecteurs devraient retracer le récit parallèle des commentaires de Jean-Jacques envoyés par courrier électronique. Ces derniers donnent un aperçu extraordinaire de la nature de la vie familiale chez un pilier de la communauté, qui est néanmoins tenu en laisse au travail et sujet à des embuscades à la maison par des lecteurs lésés protégeant leurs proches de la brutalité de la critique du monde réel. Ces brefs éclats de mémoire – consacrés aux concours de conservatoire, aux luttes de pouvoir journalistiques et à la valeur du jazz – donnent vie à l’article. Merci, Jean-Jacques, pour cet aboutissement de votre confiance et de votre collaboration.
| RMO_NATTIEZ_Ellis |
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Citation
- Référence papier (pdf)
Katharine Ellis, « Jean-Jacques Nattiez. A Tribute / Jean-Jacques Nattiez. Un hommage », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2026, p. 45-48.
- Référence électronique
Katharine Ellis, « Jean-Jacques Nattiez. A Tribute / Jean-Jacques Nattiez. Un hommage », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2026, mis en ligne le 12 mars 2026, https://revuemusicaleoicrm.org/rmo-hors-serie/nattiez-a-tribute/, consulté le…
Author
Katharine Ellis, Cambridge University
Since 2017, Katharine Ellis has been Professor of Music at the University of Cambridge. A musicologist and historian of music in nineteenth- and twentieth-century France, she is the author of four books: Music Criticism in Nineteenth-Century France (1995), Interpreting the Musical Past (2005), The Politics of Plainchant in Fin-de-Siècle France (2013), and French Musical Life (2022, the latter of which received the Otto Kinkeldey Award from the American Musicological Society). Ellis is a member of the Academia Europaea, a Fellow of the British Academy, and a Fellow of the American Philosophical Society.
Katharine Ellis, Université de Cambridge
Depuis 2017, Katharine Ellis est professeure en musique à l’Université de Cambridge. Musicologue et historienne de la musique en France aux XIXe et XXe siècles, elle a écrit quatre livres : Music Criticism in Nineteenth-Century France (1995), Interpreting the Musical Past (2005), The Politics of Plainchant in fin-de-siècle France (2013) et French Musical Life (2022, livre qui a gagné le prix Otto Kinkeldey de la Société américaine de musicologie). Katharine Ellis est membre de l’Academia Europaea, Fellow du British Academy et Fellow de l’American Philosophical Society.
Notes
| ↵1 | Katharine Ellis, « Jean Nattiez as Music Critic in Amiens, 1946-1963. The Challenges of Post-War Musical Reconstruction », Journal of Music Criticism, vol. 7, 2023, p. 1-50, https://www.luigiboccherini.org/2024/01/11/journal-of-music-criticism-7-2023/ ; Katharine Ellis, « Jean Nattiez, critique musical à Amiens, 1946-1963. Les défis de la reconstruction musicale de l’après-guerre », Revue musicale OICRM, vol. 11, no 2, 2024, p. 174-215, https://doi.org/10.7202/1116733ar. |
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| ↵2 | Katharine Ellis, « Jean Nattiez as Music Critic in Amiens, 1946-1963. The Challenges of Post-War Musical Reconstruction », Journal of Music Criticism, vol. 7, 2023, p. 1-50, https://www.luigiboccherini.org/2024/01/11/journal-of-music-criticism-7-2023/ ; Katharine Ellis, « Jean Nattiez, critique musical à Amiens, 1946-1963. Les défis de la reconstruction musicale de l’après-guerre », Revue musicale OICRM, vol. 11, no 2, 2024, p. 174-215, https://doi.org/10.7202/1116733ar. |
