Appel à contributions – Filigrane – 30 juin 2026

Appel à contributions pour la revue Filigrane, vol. 32, « Archives musicales queer ».

« Où vont les musiques lorsqu’on arrête de les écouter ? Alors que certaines font l’objet d’une « conservation pieuse » (Bourcier 2025) d’autres, en revanche, disparaissent sans laisser de trace ni d’histoire commune. Il en va ainsi des cultures musicales queer et féministes, dont les vestiges matériels sont éparpillés çà et là, et qu’aucune volonté de savoir ne rassemble. Comment rendre ces mémoires musicales audibles et visibles afin d’en écrire un récit, une histoire ?

Dans le sillage de la musicologie critique et des théories queer (De Lauretis 1990, Butler 1990), un nouveau champ d’étude s’est développé autour des interactions politiques entre sexualités, genre, musique et son (depuis l’ouvrage fondateur Queering the Pitch en 1994, jusqu’au Oxford Handbook of Music and Queerness en 2022, pour n’en citer que quelques-uns). Pourtant, la question des archives reste marginale dans ces travaux, plus axés sur des approches théoriques et analytiques.

Les études sur la musique ne se sont pas encore saisies des interrogations archivistiques issues des études et milieux queer et féministes. Récemment, de nouvelles dynamiques politiques et historiographiques ont ainsi abouti à la création de centres d’archives militantes et communautaires – on pense, entre autres, pour la France aux Centre archives LGBTQIA+ de Paris, aux archives du féminisme d’Angers, ou encore à l’Archivo de la Memoria Trans en Argentine (Bourcier 2025). Toutefois, il ne s’agit pas uniquement, pour les militant·es, artistes et chercheur·euses à l’origine de ces initiatives, de « classer », remettre de l’ordre ou encore remettre en lumière des archives englouties par les structures biopolitiques de nos sociétés. Ces initiatives, pensés conjointement à l’édification de nouveau cadres théoriques, s’accompagnent en effet d’un important renouvellement épistémologique sur la nature et les usages des archives (Cvetkovich 2003, Watts 2018, Benarrosh-Orsoni 2018, Graille 2019, Faure 2021, Bard et al. 2023). On pense par exemple à « l’analyse queer des débris » suggérée par Gina Watts, aux façons de conserver les archives sur le fil d’un souvenir reconstitué, partiel et non chronologique (Watts 2018, p. 107), ou à tous les autres subterfuges nécessaires pour combler en les reconstituant les espaces fragmentaires des vies non chrono-normatives (Freeman 2010). Les combler, voire les déformer dans la pratique même de l’archive, les « tordre […] dans tous les sens pour résister à l’inclusion des histoires LGBTI+ dans certains agendas nationalistes et impérialistes aux États-Unis et en Europe » – et surtout de les faire à nouveau circuler, comme le préconise Sam Bourcier, et, dans notre cas, de les faire écouter : « Qu’apprend l’oreille et non plus l’œil ? » (Bourcier 2025, p. 55).

Dans la continuité des réflexions engagées dans le no 29 de Filigrane, « À l’écoute de l’archive : usages artistiques des traces sonores », et dans le sillage d’une historiographie contemporaine nourrie par les travaux de Michel Foucault (1969), Pierre Nora (1984), Arlette Farge (1989) et Jacques Derrida (1995), ce numéro spécial entend ouvrir un chantier sur les archives musicales queer, largement délaissées par la musicologie. Le manque de travaux sur ces sujets semble inversement proportionnel à l’importance de la musique dans les cultures et les luttes LGBTQIA+ et féministes (Cantillon et al. 2017, Reitsamer 2020), qu’il s’agisse des scènes musicales actuelles, de création contemporaine, de spectacles vivants ou de réactualisation d’un passé militant ».

Date limite de soumission : 30 juin 2026

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ISSN : 2368-7061
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