Appel à contributions – Revue musicale OICRM – 1er avril 2026

Appel à contributions pour la Revue musicale OICRM, vol. 15, n1, « Tordre l’écoute musicale? Critiques, pratiques et savoirs queers de nos oreilles ».

Au courant de l’hiver 2028, la Revue musicale OICRM publiera un numéro spécial dirigé par Catherine Deutsch (Université de Lorraine), Liz Escalle-Dyachenko (Université Paris Nanterre) et Jérémy Michot (Université de Tours) consacré aux musicologies queer. Ce numéro se propose de repenser l’écoute musicale avec d’une part les outils et méthodes des études queer à travers différentes disciplines, et d’autre part les pratiques et savoirs des personnes et communautés queer depuis leurs positionnements situés. Nous espérons ainsi interroger les présupposés cis-hétérosexistes, intersexophobes, racistes, validistes et classistes des définitions dominantes de l’écoute musicale dans une perspective à la fois critique et productrice de savoirs.

Les brèches disciplinaires ouvertes par les musicologies critiques, féministes, gays et lesbiennes ou encore l’essor des sound studies à la fin des années 1980 ont laissé des traces durables dans la production académique des savoirs musicaux. L’entrelacement fécond de l’analyse musicale, des relectures critiques de l’histoire de la musique et des enquêtes sur les pratiques sonores dans ces travaux s’est articulé aux perspectives théoriques issues des mouvements queers de lutte contre le sida, des féminismes noir et chicana, des disability studies, des études trans et des études intersexes. En favorisant l’émergence de nouvelles réflexions sur les dimensions sensorielles, affectives et situées de l’écoute, les études queer dans le champ musicologique se sont dès lors positionnées à rebours de toute forme de naturalisation des œuvres et pratiques musicales, tout comme de la musicalité. En partant des différences qui traversent les expériences et subjectivités LGBTQIA+, elles ont cherché à élaborer un savoir en tension qui, pour paraphraser José Esteban Muñoz, est à la fois « désidentification » des pratiques d’écoute dominantes, et recherche d’« utopies » queers non réductibles à l’audible dans nos écoutes passées et présentes.

Mais que se passe-t-il quand cette oreille « à l’écoute » des mondes queers devient un objet tout aussi construit que ce qu’elle écoute ? Comment parvenir, selon la formule de Peter Szendy, à enfin « écouter son écoute » en musicologie ? Sara Ahmed, dans Vandalisme queer, livre la réflexion suivante : « l’oreille queer est peut-être une oreille collée contre une porte : nous n’écoutons pas simplement ce qui se dit de l’autre côté de la porte, mais nous écoutons aussi ce que nous dit la porte ». Deux lignes de forces se dégagent de cette ubiquité aurale métaphorique : la première cherche à prêter l’oreille à ce qui se joue de l’autre côté, autrement dit, dans des mondes sonores non normatifs, marginalisés et rendus inaudibles par les régimes de perception dominants (être à l’écoute des dissidences, mais aussi des vies et pratiques silenciées). La seconde invite à écouter la porte elle-même, c’est-à-dire à considérer les mécanismes de séparation des mondes – au seuil de la normativité –, et à comprendre les technologies d’assignation de l’écoute (il s’agit alors de réinventer l’écoute comme méthode ou pratique partielle et située).

À la croisée des réflexions musicologiques et en sociologie de la musique qui cherchent à repenser l’écoute dans une perspective queer, ce numéro invite à travailler avec ces savoirs situés, sans se limiter aux assignations disciplinaires. Il s’agit d’étudier ces écoutes qui tordent les perceptions dominantes et l’audiocentrisme de la « musique » comme objet purement « sonore », délimité par des normes cis-hétérosexistes, intersexophobes, racistes, validistes et classistes.

Date limite de soumission : 1er avril 2026

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ISSN : 2368-7061
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