Appel de conférences pour le colloque international « Musiques modales incarnées et environnements », Saint-Guilhem-le-Désert, 28-30 mai 2026.
« Un dialogue fécond se tisse depuis quelques années entre musicologie médiévale et ethnomusicologie au fil des colloques et journées d’études organisés au sein du CIMM en partenariat avec le CEMM et le RIRRA21. Il s’appuie sur une approche transdisciplinaire, dynamique entre pratiques vocales et instrumentales, archéo-luthières et organologiques, musicologiques et ethnomusicologiques afin de questionner représentations, pensées et théories dans toutes les cultures musicales et sonores d’aujourd’hui et d’hier. Ces nouvelles rencontres proposées autour des musiques modales incarnées visent à questionner différentes conceptions du mode, de la modalité dans leurs différences, leurs variétés et leurs
sens du commun.
Le colloque sur les Musiques modales d’aujourd’hui et d’hier qui a eu lieu à l’abbaye de Sylvanès du 20 au 23 avril 2023, s’est conclu sur le souhait d’engager une réflexion commune sur les questions de techniques de corps liées aux interactions entre voix, jeux instrumentaux, danse et environnements à travers un dialogue interculturel entre musicologues médiévistes, musiciens, chanteurs, facteurs/faiseurs d’instruments et ethnomusicologues. Un second volet « Musiques modales incarnées et environnements » est donc proposé du jeudi 28 après-midi au samedi midi 30 mai 2026 dans le cadre du festival Les marteaux de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert/Montpellier dirigé par Gisèle Clément et organisé par le CIMM.
La modalité se révèle à travers un chemin monodique ou polyphonique à emprunter. L’ornement ou la texture a fonction d’en guider le parcours et d’en révéler le mouvement dynamique à l’intérieur des fragments mélodiques, voire entre eux. Ce chemin se nourrit de phénomènes inhérents à l’acoustique, à l’environnement, à l’espace qui déterminent le geste vocal comme le geste instrumental, l’action vocale comme l’action instrumentale. La mélodie est un fluide sonore qui se conçoit et se dessine à travers les surfaces de contact entre tous les degrés du mode. Elle porte l’empreinte et l’écho sonore de la géographie corporelle qui donne corps et singularise l’action même de chanter et de jouer. Le corps, la corporalité et la corporéité s’invitent dans la pensée anthropologique et ethnomusicologique. Ils engagent une réflexion à partir des techniques du corps (Mauss 1934), de la musique corporelle et du mouvement rythmique, premier jalon d’une anthropologie musicale du corps (Schaffner 1936, Sachs 1943). Ils œuvrent à travers le « grain de la voix lorsque celle-ci est en double posture, en double production : de langue et de musique » (Barthes 1982, p. 237-238). Or, en se pensant à l’échelle du musicien et non à celle du linguiste, la voix s’avère « être un bruit avant d’être un discours » ; il s’agit de percevoir dans ce bruit, un « trajet », une « texture » (Charles 1978, p.12). C’est donc dans le corps que s’enracinent les structures musicales primordiales (Blacking 1977, p. 25). Ce corps-musique vise à la fois la corporalité, dimension biologique du corps, et la corporéité, mode existentiel d’être au monde. Les techniques du corps forgent des habiletés comme autant d’habitus à travers les pratiques musicales, dansées… à la fois par l’action et à partir de l’expérience du passé, de l’histoire (Pelinski 2000, 2005). Un nouveau jalon est posé autour des questions de l’incarnation et du mouvement dans la performance musicale (Clayton, Dueck and Leante 2013) comme autour de celle du corps musiquant (Desroches, Stévance et Lacasse 2014) afin « d’approfondir la place du corps dans l’analyse musicale et son incidence dans la compréhension des musiques, notamment en matière de stylistique et d’esthétique » (2014, p. 8).
L’histoire de la musicologie occidentale moderne s’est constituée sur une dissociation progressive entre le corps et le savoir musical. Le paradigme de la partition et la logique de la notation ont orienté la discipline vers l’analyse du texte musical, au détriment de la performance et du geste. Comme l’a souligné Richard Taruskin, la musique occidentale « s’est pensée comme une littérature sonore », fondant son autorité sur l’écrit et non sur la voix ou le mouvement (Taruskin 2005, p. 57). Cette orientation a contribué à marginaliser les traditions orales et modales, jugées « incomplètes » ou « primitives » parce qu’elles reposaient sur la mémoire, la variation, la corporalité. En réalité, cette hiérarchie épistémique traduit ce que Miranda Fricker appelle une injustice herméneutique : l’impossibilité pour certains régimes de savoir (corporels, sensoriels, oraux) d’être reconnus comme producteurs de connaissance (Fricker 2007). Réintroduire le corps, c’est donc aussi une démarche critique : elle engage à repenser les conditions mêmes de production du savoir musicologique et à reconnaître la légitimité des savoirs incarnés (Varela, Thompson & Rosch 1993 ; Csordas 1994 ; Stengers 2013).
En resserrant le champ sur les musiques modales, quels corps musiquant y seraient en jeu ? Quels écarts apparaîtraient entre les pensées, entre les représentations du corps, les perceptions et les pratiques des chanteurs, des musiciens et des facteurs ou faiseurs d’instruments ? Quel corps serait convoqué dans la transmission, dans le dialogue entre exécutant et facteur/faiseur d’instrument, dans la performance située ? Sur quelles expériences musicales, sonores et/ou acoustiques du corps ouvrent les musiques modales ? Comment sont-elles appréhendées et vécues dans leur milieu sonore, c’est-à-dire à partir de la relation ou de l’interaction entre exécutant, chanteur.se ou musicien.ne, et leur environnement sonore. »
Date limite de soumission :15 janvier 2026
Pour plus de détails : cliquez ici
