Appel à contributions de la revue Transposition, musique et sciences sociales pour son numéro spécial La Méditerranée de traverse. Frontières et circulations musicales entre l’Europe de l’Ouest et le Maghreb.
« Les approches du fait musical, que ce soit dans le champ de la musicologie ou des sciences sociales, privilégient souvent une construction d’objet et des analyses qui suivent les découpages promus par les États-nation. Ce « nationalisme méthodologique » (Wimmer et Schiller 2003) comporte des limites, voire des apories insurmontables, notamment lorsqu’il est question de phénomènes culturels contraints par les frontières politiques mais aussi capables de s’en affranchir sous des formes et à des degrés variés. La proposition de Paul Gilroy (1993) – construire l’espace atlantique comme échelle pertinente d’analyse de pratiques culturelles et politiques afro-diasporiques – et les discussions et recherches qu’elle a inspirées ont démontré la fécondité d’autres découpages (Agudelo et al. 2015, Aterianus-Owanga 2024). L’expression « de traverse », dans le titre de cet appel, est inspirée de René Gallissot, historien spécialiste du Maghreb dont les travaux entendaient explorer « la transnationalisation à l’œuvre sous le modèle de l’État national » (Gallissot 2000 : 149). […]
Ce numéro de la revue Transposition souhaite interroger les effets et les limites de l’« entendement national » (Sayad 1991 : 294), soit l’usage de catégories d’analyse calquées sur les découpages nationaux promus par les pratiques étatiques. Pour ce faire, il propose comme entrée privilégiée l’étude des circulations musicales entre l’Europe de l’Ouest et le Maghreb. Ces circulations ont jusqu’ici été notamment envisagées par le biais du cas franco-algérien, dont témoigne l’œuvre prolifique d’Hadj Miliani, fin observateur et analyste des dynamiques musicales des deux rives (Miliani 2015 ; 2018). Dans le sillage de cette œuvre, des chercheurs de différentes disciplines se sont attelés à une histoire des savoirs musicaux. On peut notamment mentionner la collaboration très étudiée (et débattue) entre un musicologue français, Jules Rouanet, un musicien et compositeur algérien juif, Edmond Nathan Yafil, et un musicien et compositeur algérien musulman, Mohamed Ben Ali Sfindja (Bouzar-Kasabdji 1992 ; Miliani 2004, 2018 ; Theoleyre 2016) dans ce que l’on considère comme une des premières entreprises de conservation d’un patrimoine musical d’Afrique du Nord en lien à un imaginaire de l’« Andalousie » (Pasler 2015 ; Glasser 2016). D’autres travaux se sont penchés sur le rôle des multinationales de l’enregistrement (Da Lage Py 2003 ; Yahi 2009 ; Ouijjani 2012), sur les réseaux de musiciens et de producteurs implantés en France (Yahi 2008 ; Suzanne 2009 ; Miliani 2015), sur les relations entre juifs et musulmans au Maghreb (Silver 2022), etc. »
Date limite de soumission : 1 mars 2025.
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