Les parodies de chanson liées à la COVID-19. La version québécoise d’un phénomène mondial

Louis Brouillette

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Résumé

Au début de la pandémie de COVID-19, plusieurs personnes ont modifié les paroles de chansons connues, ont filmé leur interprétation puis ont mis en ligne leur vidéo sur les réseaux sociaux. Notre enquête a recensé 166 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui ont été publiées sur YouTube entre le 13 mars 2020 et le 7 juin 2021. À l’aide d’un devis de recherche mixte convergent, le corpus est décrit et analysé qualitativement et quantitativement dans notre article. Les résultats sont ensuite comparés à d’autres études similaires menées dans divers pays afin de déterminer les spécificités québécoises de ce type particulier de productions vocales médiatisées. Nos analyses montrent notamment que les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 représentent un phénomène soudain et non pérenne alimenté par des chanteurs professionnels ou amateurs et des humoristes. En conclusion, nous tentons d’expliquer le contraste entre la proportion prédominante de parodies sur des chansons québécoises et le nombre plus élevé de visionnements des parodies sur des musiques étrangères.

Mots clés : parodie ; chanson ; COVID-19 ; coronavirus ; Québec.

Abstract

At the start of the COVID-19 pandemic, several people changed the lyrics of well-known songs, recorded their performances, and then uploaded their parodies to social networks. Our survey identified 166 Quebec song parodies related to COVID-19 that were published on YouTube between March 13, 2020 and June 7, 2021. Using a convergent mixed methods design, the corpus is described qualitatively and quantitatively in our article. The results are then compared with other similar studies carried out in various countries, to determine the features specific to Quebec for this specific type of publicly-shared vocal production. In particular, our analyses show that Quebec song parodies linked to COVID-19 represent a sudden and short-lived phenomenon fueled by professional or amateur singers, and comedians. In conclusion, we aim to explain the contrast between the predominant proportion of parodies of Quebec songs and the higher number of viewings of parodies of foreign music.

Keywords: parody; song; COVID-19; coronavirus; Quebec.

 

Introduction

Apparu au début de l’année 2020, le phénomène des parodies de chanson liées à la COVID-19 n’a encore suscité que très peu d’attention scientifique. Le présent article est, à notre connaissance, la première étude qui décrit et analyse qualitativement et quantitativement un répertoire national de parodies de chanson en lien avec l’actuelle pandémie. Notre corpus, constitué de 166 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19, est également comparé aux données des quelques autres études menées dans divers pays sur les parodies et les productions artistiques médiatisées en lien avec la présente pandémie. Notre but est de décrire et d’analyser le phénomène des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 afin, notamment, de connaître le profil des parodistes, l’identité des chansons parodiées, les thèmes exploités, les manières de parodier, la potentielle spécificité des parodies québécoises et l’ampleur du phénomène. Nos conclusions renforcent l’idée que le Québec possède une culture distincte de celle du reste du Canada, des États-Unis et de l’Europe. Avant de présenter le cadre conceptuel, la méthode, les résultats, la discussion et les conclusions de notre recherche, il semble opportun de mettre en contexte certains éléments révélateurs concernant la politique québécoise, la création musicale et les médias en vue de mieux comprendre l’origine et la médiatisation des parodies de chanson liées à la COVID-19.

La pandémie, la politique et la création musicale

Le 11 mars 2020, l’Organisation mondiale de la santé déclare une pandémie de COVID-19 et, deux jours plus tard, le gouvernement du Québec rend un décret d’urgence sanitaire (Gouvernement du Québec 2020, p. 1101a). La suspension des activités « des lieux qui accueillent le public à des fins culturelles, éducatives, sportives, de loisirs ou de divertissement » est ordonnée dans l’arrêté 2020-004 du 15 mars (ibid., p. 1104A). Puis, le 17 mars, le premier ministre québécois François Legault demande, lors de sa conférence de presse quotidienne, la collaboration des artistes, des influenceurs1L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire., des youtubeurs et des sportifs afin de convaincre les jeunes de respecter les consignes de santé publique, en particulier sur l’interdiction de rassemblement (Legault 2020).

Plusieurs artistes ont rapidement répondu à l’appel du premier ministre par l’entremise de messages ou de vidéos diffusés sur les réseaux sociaux (Radio-Canada 2020). Le 17 mars, les auteurs-compositeurs-interprètes Cœur de Pirate (Béatrice Martin) et Émile Bilodeau ont chacun composé une chanson liée à la COVID-19 et l’ont respectivement publiée sur Twitter et Facebook tandis que Sylvain Cossette a revisité son succès Pas de besoin de frapper en proposant sur Facebook la version T’as besoin de frapper pour entrer chez moi ! (Fournier 2020).

La pandémie de COVID-19, comme les précédentes grandes épidémies, aura influencé un grand nombre de compositeurs de différents styles musicaux qui, notamment, ont introduit des messages codés dans leurs œuvres ou se sont inspirés des comportements nouvellement adoptés, des symptômes de la maladie ou des sentiments induits par l’omniprésence du virus (Brouillette 2021). Un élément clé semble toutefois différencier la création musicale autant québécoise qu’étrangère au temps de la pandémie de COVID-19 par rapport à celle des autres pandémies ou grandes épidémies : l’abondance de parodies.

Le phénomène mondial des parodies de chanson liées à la COVID-19

Le début de la pandémie de COVID-19 a connu une multiplication mondiale, sur les réseaux sociaux, de vidéos virales de parodies de chanson liées au coronavirus. Témoins de ce phénomène, des médias notamment d’Afrique du Sud (#takenote 2020), de l’Australie (Callaghan 2020 ; Ricciuto et Dittmar 2020), du Brésil (Franco 2020), du Canada (Bourdeau 2020 ; Mangione 2020), des États-Unis (Ordoña 2020), de la France (Lecœuvre 2020), du Mexique (Valencia 2020) et de Singapour (Menon 2020) ont proposé en mars et en avril 2020 des sélections de vidéos de parodies de chanson liées à la COVID-19. Pour tous ces médias, le mot parodie réfère à une chanson dont les paroles originales ont été remplacées par de nouvelles.

 

Cadre conceptuel

Composition sur timbre ou parodie ?

Deux termes, chacun avec ses limites inhérentes, peuvent être utilisés pour désigner les œuvres à l’étude, soit composition sur timbre ou parodie. Comme expliqué plus bas, la définition de composition sur timbre concorde parfaitement avec le répertoire étudié, mais le vocable parodie est actuellement plus présent dans la littérature, bien que son emploi conduit à une certaine confusion sémantique due à sa polysémie.

Le timbre peut être défini en tant qu’« air préexistant aux paroles qui lui sont adaptées pour constituer une nouvelle chanson » (Honegger 2022, p. 806). En ce sens, le mot timbre désigne la musique préexistante sur laquelle les paroles modifiées sont chantées tandis que l’expression composition sur timbre réfère à l’ensemble de la nouvelle œuvre. Les compositions sur timbre ne sont pas cantonnées à une époque particulière, comme le précise le musicologue Marc Honegger :

les timbres ont été utilisés de tout temps dans la chanson populaire, mais aussi dans la musique antique, le répertoire grégorien, les chansons des troubadours, des trouvères, les Lieder des Minnesänger et, à partir du XVIe siècle, par les auteurs de vaudevilles, de psaumes huguenots, de chansons spirituelles, d’airs de cour et de parodies pieuses (noëls et cantiques). (ibid.)

Quant au terme parodie, il réfère souvent à une composition généralement à visée humoristique ou satirique dans laquelle sont employés des éléments caractéristiques d’un compositeur ou d’un style (Tilmouth 2001), mais il peut également désigner un chant dont les paroles ont été modifiées. À cet égard, le musicologue Benjamin Pintiaux mentionne que la parodie peut être « une pratique qui consiste à ajouter des paroles sur une musique instrumentale, ou à réécrire un nouveau texte sur un air ou un timbre » (Pintiaux 2011). Marc Honegger précise que le mot parodie « n’est pas nécessairement lié à des notions de satire, d’ironie ou de travesti. De nombreuses parodies ont un caractère sérieux » (Honegger 2002, p. 605). Dans la même lignée, Jean-Jacques Rousseau définit la parodie en tant « air de symphonie dont on fait un air chantant en y ajustant des paroles » (Rousseau 1768, p. 367). En poussant la logique jusqu’au bout, il affirme que « tous les couplets d’une chanson, excepté le premier, sont des espèces de parodies » (ibid., p. 368).

Le concept et l’expression parodie de chanson, sans référence à l’aspect humoristique, sont utilisés par des chercheurs de divers domaines. Dans un contexte thérapeutique de création de chansons, Felicity Anne Baker et Raymond A. R. MacDonald (2014, p. 148), par exemple, ont demandé à des étudiants et des retraités de créer une parodie de chanson, c’est-à-dire de réécrire les paroles d’une chanson préexistante, puis de l’interpréter. Dans son étude en musicothérapie auprès d’une adolescente atteinte de cancer, Alison Ledger (2001) a utilisé la parodie de chanson en tant qu’outil de verbalisation des sentiments envers la maladie, les traitements médicaux et l’hospitalisation. L’étude de l’équipe de Carl K. Winter (2009) porte, pour sa part, sur l’intégration de parodies de chanson à l’intérieur de programmes éducatifs afin d’aborder de façon non traditionnelle les problèmes de salubrité des aliments. Dans toutes ces études, les parodies de chanson sont définies en tant que chants avec des paroles modifiées et dont les visées ne sont pas humoristiques, mais plutôt d’ordre thérapeutique ou éducatif.

Comme les journalistes, les chercheurs qui ont publié des articles abordant les chansons dont les paroles d’origine ont été remplacées par de nouvelles liées à la COVID-19 (Parivudhiphongs 2020 ; Pennesi 2021 ; Stratton 2021) ont utilisé le terme parodie plutôt que composition sur timbre, c’est pourquoi l’expression parodie de chanson a été préférée dans le présent article.

Les recherches sur les productions artistiques médiatisées liées à la COVID-19

Quelques chercheurs de divers pays se sont penchés sur les parodies de chanson ou d’autres types de productions liées à la COVID-19 et diffusées via les réseaux sociaux. Dans son étude sur le phénomène mondial des parodies de chanson en lien avec l’actuelle pandémie, l’Australien Jon Stratton (2021), sans préciser ses méthodes de collecte de données ni d’analyse, a notamment conclu que les chansons parodiées sont majoritairement des succès américains ou britanniques des années 1970 et 1980. L’étude de Frédéric Lagrange (2020) réalisée dans la péninsule arabique rapporte, quant à elle, que les productions culturelles médiatisées – dont les parodies – du Golfe pendant la pandémie offrent « une version localisée de sentiments et réactions [comme la panique puis l’ennui] universellement observables face aux bouleversements induits par l’urgence sanitaire » (§ 28). Karen Pennesi (2021) a, pour sa part, analysé sous un angle anthropologique les relations entre le contexte du Canada, des États-Unis, de l’Europe et de l’Asie et le contenu de 227 performances artistiques verbales principalement en anglais – dont 98 parodies de chanson – publiées sur YouTube et TikTok entre mars et juillet 2020 et faisant explicitement référence à la COVID-19. D’autres chercheurs, comme Tsafi Sebba-Elran (2021), ont analysé qualitativement des mèmes durant la pandémie. Étant donné qu’un mème Internet peut être défini en tant qu’artéfact qui est diffusé sur le Web et qui engendre de nombreux dérivés en étant imité, remixé, puis rapidement publié par d’innombrables internautes (Dynel 2016, p. 662), les parodies de chanson diffusées via les réseaux sociaux peuvent ainsi être considérées comme des mèmes Internet. De rares chercheurs ont utilisé des méthodes quantitatives et qualitatives, comme l’équipe étatsunienne de Lauren Southwick (2021) qui a examiné 750 vidéos liées au coronavirus et diffusées sur TikTok de janvier à mars 2020 à l’aide d’une analyse de contenu exploratoire, de statistiques descriptives et de tests Z à deux échantillons.

Définition de parodie québécoise de chanson liée à la COVID-19

Nous définissons la parodie québécoise de chanson liée à la COVID-19 en tant que réalisation au Québec d’une chanson reprenant la mélodie d’un chant préexistant et dont les paroles d’origine sont remplacées par d’autres qui sont liées en partie ou en totalité à la COVID-19. En accord avec la définition proposée, la chanson parodiée peut être québécoise ou d’origine étrangère. Pour les besoins de notre recherche, ont été considérées comme parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 seulement les parodies diffusées publiquement en format vidéo. L’unité d’analyse de notre recherche demeure la parodie et non la vidéo, une vidéo comprenant un pot-pourri de six parodies a ainsi été analysée en tant que six éléments différents. En s’appuyant sur la définition choisie, les enregistrements audiovisuels d’une chanson dont seul le décor suggère un lien avec la COVID-19, tels qu’Une chance qu’on s’a. Une chance qu’on s’a (vidéoclip officiel), sont exclus de notre recherche car le texte doit être minimalement modifié pour que l’œuvre soit considérée comme une parodie.

 

Méthode

Collecte de données

La collecte de données s’est effectuée exclusivement avec YouTube en raison de la facilité d’utilisation de ce réseau social, de l’efficacité de son moteur de recherche et parce que « YouTube est la principale plateforme pour les parodies de chanson liées au coronavirus » (Stratton 2021, p. 414, notre traduction). Au Canada, YouTube serait responsable de 49 % des diffusions de musique en continu (Paré et Payette 2021). Les quelques vidéos de parodies québécoises répertoriées sur d’autres plateformes comme Facebook, Instagram, TikTok, Twitter et Spotify ne font pas partie de notre échantillon, à moins, comme c’est souvent le cas, qu’elles n’apparaissent également sur YouTube. Plusieurs mots clés comme « COVID-19 », « coronavirus », « parodie », « version », « chanson » et « Québec » ont été combinés dans le moteur de recherche de YouTube. Différents référents culturels, concernant notamment la diction, ainsi que des recherches complémentaires sur les personnes qui ont réalisé les vidéos ont permis de confirmer ou d’infirmer la réalisation au Québec de chaque parodie. Pour chacune des vidéos sélectionnées, une recherche dans la chaîne YouTube qui lui est associée a également été effectuée en vue de déceler d’autres parodies des mêmes interprètes. La collecte des données s’est déroulée de septembre 2020 à juin 2021. Elle s’est arrêtée lorsqu’aucune nouvelle vidéo remplissant les critères de sélection n’a été proposée par le moteur de recherche YouTube après plusieurs combinaisons de mots clés pertinents.

Méthodes d’analyse

Des analyses de contenu ainsi que des analyses statistiques descriptives et inférentielles ont été réalisées. Ces analyses ont été effectuées dans une perspective multimodale (Yus 2019), c’est-à-dire qu’elles englobent non seulement des éléments littéraires, mais aussi musicaux (comme l’instrumentation) et visuels (comme les composantes clés du décor). Le premier visionnement des parodies a permis de déterminer les variables à analyser et, de façon inductive, de ressortir les thèmes principaux. Lors du deuxième visionnement, chacune des parodies a été analysée selon 73 paramètres différents, tels que la date de publication, le nombre de visionnements, le sexe des interprètes, le répertoire parodié ainsi que la présence ou l’absence des principaux thèmes abordés. Les données ont été consignées dans une matrice du logiciel spss. La présence de chaque thème a été déterminée à la suite de l’analyse des paroles et du contenu visuel. Ainsi, le thème « François Legault » est évoqué dans Parodie de Coton ouaté de Bleu Jeans Bleu version confinement, car, même si le nom du premier ministre québécois n’est pas prononcé par la chanteuse, l’homme politique apparaît à l’écran de télévision de l’interprète. Un troisième visionnement a été nécessaire dans certains cas en vue d’expliquer qualitativement certains résultats quantitatifs.

Afin de décrire statistiquement les données, des mesures de fréquence et de tendance centrale ont été effectuées ainsi que des examens de distribution et des croisements de variables. Des tests d’indépendance du khi carré (χ²) de Pearson ont été utilisés en vue de découvrir des associations entre le statut professionnel des personnes qui réalisent des parodies de chanson liées à la COVID-19 et d’autres variables, comme l’évocation dans les parodies du thème du lavage de mains. Uniquement les associations statistiquement significatives seront signalées. Afin de respecter les prémisses du test, toutes les observations sont indépendantes et les catégories sont mutuellement exclusives. De plus, seules les tables de contingence dans lesquelles toutes les occurrences attendues sont égales ou supérieures à 5 ont été prises en compte en vue d’augmenter la fiabilité des résultats (Schinazi 2012, p. 153) et étant donné que l’approximation asymptotique du khi carré est moins précise aux extrémités de la distribution (Franke, Ho et Christie 2012, p. 457). À la suite de la recommandation de Jimmy Bourque, Jean-Guy Blais et François Larose (2009, p. 222), la taille des effets observés sera précisée. Les tailles d’effet ont été mesurées à l’aide du V de Cramer.

Domaines de recherche et devis

Notre étude s’inscrit à la croisée de la musicologie et de la sociologie, mais elle adopte un devis et des méthodes rarement utilisées dans ces disciplines. En s’appuyant sur le cadre conceptuel des méthodes mixtes élaboré par Pierre Pluye et son équipe (2018, p. 31, 38), notre recherche peut ainsi être qualifiée d’étude descriptive adoptant un devis mixte convergent avec transformation de données qualitatives en données quantitatives (concernant les thèmes exploités). La convergence est attestée par notre processus itératif « d’améliorations progressives, successives et constantes des collectes et des analyses des données qualitatives et quantitatives (convergence des données) et des interprétations des résultats (convergence des résultats) » (ibid., p. 31). L’utilisation d’un devis mixte est avantageuse, car les données quantitatives permettent de brosser un portrait global des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 tandis que les données qualitatives mettent en relief certains détails qui passent inaperçus dans les statistiques.

 

Résultats

Seront présentés en priorité les résultats qui, dans la section « Discussion », permettront de comparer les parodies québécoises de chanson avec les productions artistiques médiatisées réalisées dans divers pays et liées à la COVID-19. Seront ensuite dévoilées des associations statistiquement significatives entre le statut des parodistes québécois et 1) certaines caractéristiques des parodies ainsi que 2) quelques thèmes exploités en paroles et en images.

Un phénomène soudain et non pérenne

166 parodies québécoises sur la COVID-19 ont été répertoriées sur YouTube. Elles ont été publiées entre le 13 mars 2020, soit le jour de la déclaration de l’état d’urgence sanitaire par le gouvernement provincial, et le 7 juin 2021, la collecte de données s’étant terminée le 30 juin 2021. Comme le montre l’asymétrie positive de l’histogramme (figure 1), la plupart des parodies ont été publiées au début de la pandémie, c’est-à-dire durant le premier confinement2Pour connaître les dates des principaux événements et mesures liés à la covid-19 au Québec, voir la ligne du temps de l’Institut national de santé publique du Québec à https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees/ligne-du-temps, consulté le 27 janvier 2022.. Plus précisément, près de la moitié des parodies ont été mises en ligne pendant le premier mois de pandémie (médiane=16 avril 2020). Un premier pic secondaire est perceptible à la fin décembre 2020, soit lors du deuxième confinement. Le deuxième pic secondaire peut porter à confusion, car il ne contient pas plusieurs parodies de différents artistes, mais plutôt un seul pot-pourri de 10 chansons, soit Classiques québécois. Version déconfinement publié le 7 juin 2021 par Andy St-Louis. Ainsi, le phénomène de parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 peut être qualifié de soudain et non pérenne.

Figure 1 : Répartition des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 selon leur date de publication.

Un phénomène lié aux chanteurs professionnels, aux chanteurs amateurs et aux humoristes

Trois types de personnes ont produit des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 : des chanteurs professionnels – c’est-à-dire des artistes menant une carrière en chant –, des chanteurs amateurs et des humoristes. 53 % (n=89) des parodies répertoriées sont interprétées par des chanteurs professionnels, 31 % (n=51) par des chanteurs amateurs et 16 % (n=26) par des humoristes. Dans la population réelle, la proportion de parodies produites par des chanteurs amateurs est probablement supérieure à celle de notre échantillon, car les vidéos de cette catégorie de personnes comptent moins de visionnements et, par conséquent, elles apparaissent moins dans les résultats de recherche générés par les algorithmes de YouTube. Parmi les parodies produites par des chanteurs amateurs, 16 % (n=8) d’entre elles ont été réalisées dans un contexte scolaire, soit par des élèves, soit par des membres du personnel enseignant.

Une pratique majoritairement masculine

La majorité des personnes ou des groupes du Québec qui ont réalisé une parodie liée à la COVID-19 appartiennent à la gent masculine. Des 166 parodies, 58 % (n=96) sont chantées par des personnes de sexe masculin, 31 % (n=51) par des femmes ou des filles et 11 % (n=19) par des personnes des deux sexes.

D’une à vingt-sept parodies par personne

La plupart des personnes ou des groupes n’ont produit qu’une seule parodie. En fait, 76 % (n=50) des personnes ou des groupes ont mis en ligne une parodie tandis que les 24 % restants (n=16) – voir le tableau 1 – ont publié de deux à vingt-sept parodies.

Tableau 1 : Personnes ou groupes du Québec ayant réalisé plus d’une parodie de chanson liée à la COVID-19.

Les parodies de chanson ont été exploitées de façons fort différentes par certaines personnes du tableau 1. L’humoriste Danick Martineau, par exemple, a mis en ligne cinq vidéos comprenant chacune une parodie liée à la COVID-19 d’une chanson québécoise, américaine, hispano-cubaine ou britannique. Dans chaque parodie, il chante avec un accompagnement musical préenregistré. Ses vidéos de parodies ont été visionnées entre 136 000 et 4,2 millions de fois. Quant au chanteur professionnel Christian Marc Gendron, ancien candidat de La Voix 2019, il a mis en ligne quatre vidéos regroupant chacune un pot-pourri de six parodies liées à la COVID-19 de chansons québécoises ou françaises. Dans ses 24 parodies, Gendron imite le timbre (voire la couleur de voix) du chanteur français ou québécois associé à chaque œuvre et il s’accompagne lui-même avec divers instruments, comme le piano, la guitare acoustique, la guitare électrique et la basse. Chacun de ses pots-pourris liés à la COVID-19 compte entre 18 000 et un million de visionnements.

Un répertoire parodié plutôt récent

La majorité des parodies utilisent des musiques créées durant les quatre dernières décennies (figure 2). Plus spécifiquement, la musique de 33 % (n=55) des parodies provient de chansons des années 2000 à 2020, 34 % (n=56) des années 1980 et 1990, 21 % (n=35) des années 1960 et 1970 et 12 % (n=20) d’avant 1960. Les chanteurs amateurs apparaissent les plus nombreux à choisir des musiques récentes (figure 2). D’ailleurs, 29 % (n=15) des parodies publiées par cette catégorie de personnes reprennent la musique de chansons créées en 2019. La chanson parodiée la plus récente est Break My Heart. Le single de cette œuvre de Dua Lipa a été lancé le 25 mars 2020 (Roth 2020) et moins d’un mois plus tard, soit le 21 avril 2020, le quatuor vocal professionnel qw4rtz diffusait sur YouTube qw4rtz. Break my Heart / parodie (a cappella).

Figure 2 : Répartition des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 selon la date de création des chansons parodiées.

Un répertoire parodié majoritairement québécois

64 % (n=106) du répertoire parodié provient du Québec tandis que 36 % (n=60) est d’origine étrangère, plus particulièrement américaine ou européenne. Parmi les chansons d’origine étrangère se trouvent du répertoire de Noël comme Mon beau sapin, des musiques de film telles que « C’est la fête » de La Belle et la Bête, des succès internationaux comme Stand By Me ou des chansons de langue anglaise qui ont été popularisées au Québec dans leur version adaptée au public québécois comme Blame It on the Bossa Nova popularisée en 1963 par Margot Lefebvre dans sa version C’est la faute au bossa nova. Aucune des parodies recensées ne reprend la musique créée dans une province ou un territoire canadien autre que le Québec.

Une même chanson parodiée par plusieurs personnes

Quelques chansons ont été parodiées plus d’une fois (tableau 2). À titre d’exemple, trois chansons québécoises de 2019 – Coton ouaté, L’Amérique pleure et Oublie pas tes sacs – ont respectivement été parodiées par dix, cinq et quatre personnes ou groupes différents. 83 % (n=15) des chansons ayant été parodiées plus d’une fois sont québécoises. Seuls trois des 15 chants du tableau 2 sont d’origine étrangère : Someone You Loved, « Tout le monde veut devenir un cat » du dessin animé Les Aristochats et Jingle Bells/Vive le vent.

Tableau 2 : Chansons parodiées plus d’une fois au Québec durant la pandémie de COVID-19.

Le texte des chansons d’origine a été substantiellement modifié dans chacune des 166 parodies et, aucune parodie semble reprendre les paroles modifiées d’une autre parodie, à l’exception de Parodie de la chanson « Corona Virus » de Danick Martineau par Charles 8 ans. Comme l’indique la description de cette vidéo, certaines paroles de Danick Martineau ont été adaptées pour qu’elles puissent être interprétées par un garçon de huit ans. Malgré les modifications mineures apportées au texte de Martineau, cette parodie de la chanson britannique Someone You Loved a exigé beaucoup de travail notamment dans l’arrangement musical et l’accompagnement réalisés par le père du jeune interprète ainsi que dans le mixage et le montage vidéo.

Quelques autoparodies

Trois chansons québécoises du tableau 2 ont même été autoparodiées. Bleu Jeans Bleu a modifié ses paroles d’Oublie pas tes sacs, un chant créé pour une publicité des supermarchés iga, afin de l’adapter à la réalité de 2020. La nouvelle œuvre, qui a également servi à une publicité de la chaîne de supermarchés, s’intitule IGA x BJB. Oublie pas ton masque. Martine St-Clair (Martine Nault) a, pour sa part, présenté Martine St-Clair. Lavez lavez 2020 (vidéoclip officiel), une adaptation de son succès Lavez, lavez de 1990. Quant à Kathleen Sergerie, sous la pression de ses fans, elle a transformé sa célèbre chanson Ça va bien de 1993 en Kathleen et cie… Ça va bien aller !.

Parodies de deux ou trois titres d’un artiste ou groupe musical

Deux ou trois chansons différentes de certains artistes ou groupes de musique ont été parodiées (tableau 3). À titre d’exemple, les chants Juste une p’tite nuite, Tassez vous de d’là et La rue principale de la populaire formation québécoise des années 1990 Les Colocs ont chacune fait l’objet d’au moins une parodie liée à la covid-19. Le tableau 3 indique également que 82 % (n=14) des artistes ou groupes dont plusieurs chansons ont été parodiées sont Québécois.

Tableau 3 : Artistes ou groupes dont plus d’une chanson a été parodiée au Québec durant la pandémie de COVID-19.

Des parodies sur des chansons étrangères abondamment visionnées

Les parodies de l’échantillon comptent entre 26 et 4 221 137 visionnements sur YouTube en date du 13 juillet 2021 (médiane=2 187). Les 106 parodies sur des chansons québécoises ont cumulé 4 018 606 visionnements tandis que les 60 parodies sur des chansons étrangères ont été visionnées 13 752 730 fois. Neuf pour cent (n=15) des 166 parodies ont été visionnées plus de 200 000 fois (tableau 4). Des 15 parodies du tableau 4, 73 % (n=11) reprennent des musiques d’origine étrangère. Celle ayant été la plus vue, avec plus de quatre millions de visionnements, est Danick Martineau. Chanson / CoronaVirus de l’humoriste Danick Martineau, qui utilise la musique de la chanson britannique Someone You Loved. Les commentaires montrent que cette parodie humoristique est très appréciée par les internautes, certains mentionnant qu’ils la visionnent chaque jour depuis plusieurs mois et une femme affirme qu’elle l’a écoutée 1 000 fois.

Dans les commentaires des parodies de l’échantillon, la présence de certaines particularités lexicales et de référents culturels indique que les Québécois forment la majeure partie de l’auditoire des vidéos de parodies québécoises. Toutefois, la vidéo Christian Marc Gendron. 1 chanteur 6 voix française [sic]. Parodies COVID.19 (3e partie) semble avoir été visionnée par de nombreux Européens. Une internaute a indiqué dans les commentaires qu’elle habite en Belgique et un autre a écrit : « Ils sont très talentueux nos Canadiens et amis de toujours. »

Tableau 4 (fichier PDF avec liens hypertexte actif) : Parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 les plus visionnées. 

Sept des quinze chansons parodiées incluses dans le tableau 4 ont été créées dans les années 2010. Trois d’entre elles sont québécoises et datent de 2019 (Oublie pas tes sacs, L’Amérique pleure et Coton ouaté).

Les quinze parodies les plus visionnées ont été interprétées par les chanteurs professionnels Bleu Jeans Bleu, Christian Marc Gendron, Patrice Michaud, les sœurs Boulay (Stéphanie et Mélanie Boulay), Jean-François Hamel et Margau (Marilou Gauthier) ainsi que les humoristes Danick Martineau, Mathieu Cyr et Jérémy Demay. Aucune parodie réalisée par un chanteur amateur ne compte plus de 200 000 visionnements. Les deux parodies de chanteurs amateurs ayant été les plus vues sont Noël est annulé / Chanson wtfkev du youtubeur Kevin sur l’air de Jingle Bells (92 994 visionnements) et Heille ! T’es-tu grippé ? de quatre enseignantes de 6e année de l’école Saint-Rémi de Beaconsfield sur la trame instrumentale de Coton ouaté (43 958 visionnements).

Des thèmes communs

Certains thèmes sont exploités dans un grand nombre de parodies. Une liste des 18 thèmes présents dans au moins 20 parodies se trouve dans le tableau 5. Le thème le plus commun s’avère le confinement, qui réfère à la notion d’isolement et à l’obligation de rester à la maison. Le deuxième thème le plus exploité est celui du magasinage ou des magasins. Le troisième thème le plus commun concerne l’exhortation explicite au respect des mesures sociosanitaires. Quant au thème du papier hygiénique, qui réfère à la pénurie de ce produit au début de la pandémie, il apparaît dans 20 parodies sous forme de paroles ou d’élément de décor.

Tableau 5 : Thèmes les plus exploités dans les parodies québécoises de chanson liées à la covid-19.

Deux personnalités publiques sont également fréquemment évoquées en paroles ou en images : le premier ministre du Québec François Legault (n=31) et le directeur national de la santé publique des 22 premiers mois de la pandémie, Horacio Arruda (n=22). Les deux hommes sont décrits de façon positive dans les parodies ; les interprètes de Covid Chanson. Au chant d’la quarantaine / Covid-19 chantent d’ailleurs « Horacio et Legault, vous êtes nos héros ». D’autres politiciens québécois, canadiens et étrangers sont aussi représentés, mais dans une moindre mesure, comme le premier ministre canadien Justin Trudeau dont le nom ou le visage apparaît dans neuf parodies. Les références au premier ministre canadien sont moins élogieuses et plus ironiques que celles de son homologue québécois comme le démontrent les paroles « Moué, j’trouve que Trudeau fait dur à gérer cette crise / Y devrait prendre exemple sur notre François Legault » dans Tassez vous de d’là. Les Colocs (version COVID-19).

Des thèmes spécifiques à certaines périodes de la pandémie

Certains thèmes des parodies sont évoqués lors de périodes spécifiques de la pandémie. Quatre thèmes sont abordés presque uniquement dans les premiers mois de la pandémie – le papier hygiénique, le voyage, l’exhortation explicite au respect des mesures sociosanitaires et le thème « Ça va bien aller » – (figures 3 à 6) tandis que les références à Noël surviennent surtout dans les semaines qui précèdent et suivent cette fête (figure 7).

Durant les premiers mois de la pandémie, le thème du papier hygiénique a été évoqué dans 20 parodies. Comme l’indique la médiane symbolisée par la ligne horizontale à l’intérieur du rectangle de la figure 3, la moitié des parodies incluant le thème du papier hygiénique (n=10) ont été mises en ligne entre le 13 et le 28 mars 2021. Aucune parodie de l’automne 2020 ni de l’hiver 2021 ne réfère en paroles ou en images au papier hygiénique. Les deux parodies plus tardives (représentées par le cercle et l’étoile dans la figure 3) à avoir inclus ce thème ont été publiées les 9 et 18 août 2020. Dans El covidiot (parodie de El Nino. Plume Latraverse). Sébastien Caron. Voix guitare, l’interprète dénonce les anti-masques en affirmant ironiquement : « Si y’a pu de papier-cul au Provigo, c’t’encore d’la faute aux covidiots ».

Figure 3 : Représentation des dates de publication des 20 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui évoquent le papier hygiénique.

Des 27 parodies qui évoquent le thème du voyage, 70 % (n=19) ont été publiées pendant le premier mois de pandémie, soit du 13 mars au 10 avril 2020 (figure 4). Alors que les parodies du début de la pandémie abordent surtout la quarantaine après les voyages, les annulations ou l’impossibilité de voyager, certaines des parodies tardives – représentées par les étoiles de la figure 4 – insinuent le retour prochain des voyages touristiques aériens à l’international, soit par différentes images d’avion dans Toute va changer. En 2021, soit par les paroles « Une petite lueur d’espoir / Pfizer a sorti un vaccin / Bientôt on va pouvoir l’avoir / Et voyager enfin (yeah) » dans la parodie Le monde entier pleure.

Figure 4 : Représentation des dates de publication des 27 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui évoquent le thème du voyage.

Les parodies qui exhortent explicitement au respect des mesures sociosanitaires ont, à quelques exceptions près (représentées par les cercles et les étoiles de la figure 5), été publiées au début de la pandémie, soit du 19 mars au 29 avril 2020. 57 % (n=20) de ces 35 parodies ont été réalisées par des chanteurs amateurs. Dans Video Covid-19 sur Cotton ouaté, une chanteuse amateure mentionne notamment « Il faut écouter les conseils du gouvernement ».

Figure 5 : Représentation des dates de publication des 35 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui comportent une exhortation explicite au respect des mesures sociosanitaires.

Le thème « Ça va bien aller » apparaît dans 21 parodies, soit par l’entremise de paroles, soit par la présence dans le décor d’un arc-en-ciel, qui constitue le symbole visuel de cette expression (Pontbriand 2020). Les parodies incorporant ce thème ont été publiées uniquement au printemps 2020, soit du 27 mars au 3 juin, comme l’indique la boîte à moustaches de la figure 6.

Figure 6 : Représentation des dates de publication des 21 parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui évoquent le thème « Ça va bien aller ».

Onze des douze parodies évoquant Noël ont été publiées entre le 1er novembre 2020 et le 16 janvier 2021 (figure 7). La seule parodie diffusée avant cette période, Danick Martineau. Chanson / CoronaVirus, est également reliée à la période des fêtes de 2020, car l’humoriste Danick Martineau chante « L’année prochaine à Noël / Je demande juste du Purell / Pis un masque aussi / De préférence un Nike ».

Figure 7 : Représentation des dates de publication des douze parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 qui évoquent Noël.

Des instruments de musique visibles

La plupart des parodies sont dotées d’un accompagnement produit par des instruments de musique visibles à l’écran (figure 8). Les instruments de musique apparaissent dans 58 % (n=97) des parodies. L’accompagnement instrumental, fréquemment au piano ou à la guitare, est habituellement exécuté par la personne qui chante. 30 % (n=50) des parodies sont accompagnées par une trame sonore sans instrument visible à l’écran tandis que 12 % (n=19) sont chantées a cappella. Les chanteurs professionnels et amateurs sont majoritairement accompagnés par des instruments visibles à l’écran alors que les humoristes préfèrent des trames sonores. Les 11 parodies chantées a cappella par un humoriste proviennent toutes du pot-pourri Medley québécois de quarantaine d’Alex Lapointe.

Figure 8 : Répartition des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 selon le type d’accompagnement instrumental.

Des associations statistiquement significatives entre le statut des personnes qui parodient et certaines caractéristiques des parodies

Les chanteurs professionnels, les chanteurs amateurs et les humoristes ne parodient pas les chansons de la même façon. En effet, des tests d’indépendance du khi carré (χ²) de Pearson ont permis de déterminer l’association statistiquement significative entre le statut des personnes qui réalisent des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 (chanteur professionnel, chanteur amateur ou humoriste) et certaines caractéristiques des parodies. Six associations statistiquement significatives (p < 0.01) ont été trouvées et elles sont présentées dans le tableau 6 en ordre de force, de la plus forte à la moins forte association. Avec un degré de liberté de 2, une valeur du V de Cramer entre .07 et .20 indique une association faible, entre .21 et .34, une association modérée et de .35 ou plus, une association forte (Zaiontz 2020). Ainsi, les quatre premières associations du tableau 6 s’avèrent fortes tandis que les deux dernières apparaissent modérées.

Tableau 6 : Comparaisons et taux d’association entre certaines caractéristiques des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 et le statut des personnes qui parodient.

Concrètement, le test d’indépendance du khi carré suggère qu’il existe une forte relation statistiquement significative entre le statut des personnes qui parodient et la présence ou l’absence d’humour3Une parodie a été considérée comme humoristique si plus d’un commentaire Web mentionnait cette caractéristique ou si un consensus sur la présence d’humour était obtenu entre l’auteur de l’article et une de ses collègues, diplômée d’une maîtrise en musique. dans la parodie. À noter que le test du khi carré permet de déterminer la présence d’une relation entre deux variables (par exemple : la présence d’humour et le statut des parodistes), mais pas les différences significatives entre les catégories (Franke, Ho et Christie 2012, p. 452) ici représentées par le statut de chanteur professionnel, de chanteur amateur ou d’humoriste.

Le tableau 6 suggère également que le statut des parodistes entretient un lien statistiquement significatif avec 1) la présence d’une ou de plusieurs parodies dans une vidéo, 2) la mention du titre de la chanson parodiée, de son compositeur ou de son principal interprète, 3) la présence ou l’absence du mot « parodie » dans le titre ou la description de la vidéo, 4) l’utilisation de l’intégralité ou d’une portion de la musique parodiée, et 5) l’origine québécoise ou étrangère de la chanson parodiée.

Dans notre corpus, la seule parodie d’un humoriste qui ne semble pas avoir été conçue pour faire rire est Benoit Paquette chante L’escalier de Paul Piché version Covid. Dans sa parodie, Benoit Paquette invite les Québécois à respecter les consignes sociosanitaires et il s’insurge contre « des gens qui sont vraiment, vraiment méchants / Qui peuvent mal faire ou faire mal / Quand c’est pas l’temps / [Qui] peuvent cracher, désobéir ». Le montage vidéo ne suscite pas l’humour étant donné qu’une seule image neutre de Paul Piché est affichée du début jusqu’à la fin de la parodie. L’imitation de la voix de Paul Piché n’est pas caricaturale, ce qui engendre, non pas le rire, mais un climat de persuasion.

Des associations statistiquement significatives entre le statut des personnes qui parodient et les thèmes exploités dans les parodies

D’autres tests d’indépendance du khi carré (χ²) de Pearson ont permis de déterminer une association modérée statistiquement significative entre le statut des personnes qui réalisent des parodies québécoises de chanson liées à la covid-19 et quatre des principaux thèmes exploités dans les parodies : 1) l’exhortation explicite au respect des mesures sociosanitaires, 2) le lavage de mains, 3) le confinement ou l’isolement et 4) le masque. Ainsi, les chanteurs professionnels, les chanteurs amateurs et les humoristes recourent à ces thèmes à des degrés d’intensité différents.

Tableau 7 : Comparaisons et taux d’association entre certains thèmes exploités dans les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 et le statut des personnes qui parodient.

 

Discussion

La discussion est centrée sur les ressemblances puis les différences entre les productions québécoises et mondiales de parodies de chansons liées à la COVID-19. Une des limites de ces comparaisons provient de l’hétérogénéité des méthodes de collecte de données et d’analyse des études évoquées.

Un phénomène planétaire non pérenne associé au début de la pandémie

Notre recherche, à notre connaissance, est la seule étude à avoir démontré quantitativement (revoir la figure 1) l’apparition soudaine et la rapide diminution de parodies de chanson liées à la COVID-19. En comparant nos données à celles d’études d’autres pays, nous constatons que les parodies de chanson, les mèmes et les autres productions culturelles médiatisées liés à la COVID-19 s’avèrent un phénomène davantage associé au début de la pandémie, plus particulièrement au premier confinement, et, de façon beaucoup moins importante, au deuxième confinement. De fait, le nombre de mèmes humoristiques israéliens associés au coronavirus était élevé en mars 2020, a diminué en avril et a augmenté un peu en septembre, lors du deuxième confinement (Sebba-Elran 2021, p. 233). Quant à Lagrange (2020, § 4), il signale qu’à « partir de juin 2020, la présence du coronavirus et de la maladie dans les productions culturelles du Golfe, et dans le monde arabe de façon générale, a régressé notablement et est devenue anecdotique ».

Il est d’ailleurs intéressant de constater que toutes les parodies incluses dans les trois pots-pourris d’Andy St-Louis répertoriés dans notre étude sont liées à la COVID-19, tandis que seulement cinq des dix parodies comprises dans son Super medley de Noël 2021 (créé après la période de collecte) réfèrent à la COVID-19. De même, alors que les parodies de chanson de l’humoriste Danick Martineau entretenaient des liens avec la COVID-19 au début de la pandémie, celle intitulée Danick Martineau. Chanson / Noël 2021 (créée après la période de collecte) n’y fait aucunement référence.

La parodie de chanson : un genre genré ?

Stratton (2021, p. 147) affirme que la plupart des interprètes des parodies de chanson liées à la COVID-19 sont des personnes de sexe masculin. Notre recherche confirme cette assertion, car 58 % (n=96) des 166 parodies québécoises sont chantées exclusivement par des hommes ou des garçons. D’ailleurs, la gent masculine domine dans les tableaux 1 et 4 qui représentent respectivement les interprètes ayant enregistré le plus de parodies et les vidéos les plus visionnées.

Des thèmes communs

Notre recherche confirme que certains thèmes liés à la COVID-19 sont communs d’une région à l’autre et que quelques-uns d’entre eux sont associés à une période particulière de la pandémie. Comme au Québec, le thème du papier hygiénique est apparu dans le reste de l’Amérique du Nord (MacDonald 2020), en Asie (Otsuki 2021) et au Moyen-Orient (Sebba-Elran 2021, p. 234) peu de temps après la confirmation sur ces territoires d’un premier cas de coronavirus. Quant au respect des mesures sociosanitaires, il s’agit d’un thème qui a été abordé fréquemment au début de la pandémie autant dans les parodies québécoises de chanson (revoir la figure 5) que dans les performances artistiques verbales (Pennesi 2021, p. 8). Les moyens de communication, incluant entre autres Zoom, Skype et le téléphone, constituent un autre thème exploité à la fois au Québec et à l’international. Les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 l’exploitent de la mi-mars à la mi-décembre 2020 alors qu’il est présent surtout en avril 2020 dans les performances artistiques verbales (ibid., p. 9) ou qu’il se manifeste dans les mèmes humoristiques israéliens davantage à la fin avril et en mai 2020, puis durant les deuxième et troisième confinements (Sebba-Elran 2021, p. 251). L’alcool et la drogue s’avèrent d’autres thèmes communs aux mèmes humoristiques israéliens (ibid., p. 236) et aux parodies québécoises de chanson durant la pandémie de COVID-19.

Comme l’explique Pennesi (2021, p. 5), contrairement à certains types de chanson comme les chansons d’amour qui sont centrées sur un thème intemporel, l’art verbal lié à la COVID-19 tend à exploiter des expériences communes à plusieurs personnes au moment de l’écriture de l’œuvre, mais ces expériences sont rattachées à des événements particuliers qui ne sont plus actuels par la suite, voire quelques semaines, mois ou années plus tard. Notre analyse suggère des précisions quant aux conclusions de Pennesi. Les thèmes communs aux réalisations artistiques médiatisées de par le monde et qui sont étroitement liés au contexte de la COVID-19 – comme l’exhortation au respect des mesures sanitaires, le papier hygiénique, Zoom, Skype ou l’équivalent du slogan « Ça va bien aller » – sont utilisés à des moments particuliers de la pandémie, surtout au début. Quant aux thèmes récurrents dans les chansons hors pandémie, comme l’alcool et la drogue (Christenson et al. 2018, p. 196 et 200), ils ne sont pas associés à une période particulière de la pandémie. Ainsi, nous observons une tendance, voire une gradation, dans le choix des thèmes des parodies de chanson et des autres manifestations artistiques à l’époque de la pandémie de COVID-19. Alors que les œuvres du début de la pandémie semblent exploiter des thèmes communs liés à l’actualité de la COVID-19, les suivantes mettent en œuvre de plus en plus des thèmes intemporels qui ne sont pas reliés à un contexte précis, et quelque mois après le début de la pandémie, la COVID-19 devient un sujet rarement traité dans les parodies.

Un phénomène québécois soudain

Contrairement à d’autres types de productions artistiques médiatisées, le phénomène de création de parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 est apparu soudainement. Bien que le premier cas canadien de covid-19 ait été détecté dès le 25 janvier 2020 (Faucher et al. 2022), la première parodie québécoise de chanson liée à la COVID-19 aurait été diffusée le 13 mars 2020, et près de la moitié du corpus étudié a été produite à l’intérieur d’un mois. La production d’autres types de réalisations artistiques médiatisées liées à la COVID-19 a été davantage graduelle. Southwick et ses collègues étatsuniens (2021, p. 238), par exemple, ont montré que des vidéos liées à la COVID-19 ont été publiées en janvier, en février et en mars 2020 sur TikTok. Les chercheurs ont constaté que les vidéos de mars ont été davantage partagées et ont recueilli plus de commentaires que celles mises en ligne les deux mois précédents. Jiangnan Zhao et ses collègues (2020) ont également montré une progression du nombre de vidéos musicales liées à la COVID-19 qui ont été publiées sur les plateformes numériques chinoises entre la fin janvier et la fin février 2020. Étant donné le manque de données statistiques sur les parodies de chanson réalisées à l’extérieur du Québec, il apparaît actuellement impossible de confirmer si le phénomène des parodies de chanson liées à la COVID-19 d’autres nations est apparu soudainement ou graduellement. Mais en se fiant sur le grand nombre de médias à travers le monde qui rapportent en mars et en avril 2020 la pratique des parodies de chanson liées à la COVID-19, il semble que ce phénomène mondial soit apparu soudainement.

La politique traitée autrement dans les parodies québécoises

Le thème des politiciens semble avoir été traité différemment par les parodistes québécois que par leurs homologues d’autres nations. Le premier ministre israélien et ses collègues, par exemple, ont été largement critiqués et humiliés dans les mèmes humoristiques de la pandémie (Sebba-Elran 2021, p. 249). À l’opposé, le premier ministre québécois est très rarement critiqué dans les parodies de chanson, il est plutôt considéré comme un héros. Les parodies semblent refléter la réalité, car les Québécois ont accordé à François Legault une grande confiance tout au long de la période étudiée (Denis 2021). L’analyse de 53 vidéos produites volontairement par des célébrités en appui à la campagne de la mi-mars 2020 #Propage l’info, pas le virus du gouvernement québécois concorde avec l’interprétation de nos résultats, car les chercheuses québécoises Frédérique Côté et Mireille Lalancette (2021, p. 948) ont décelé exclusivement des commentaires positifs face au gouvernement québécois.

Un répertoire parodié plus récent

Stratton (2021, p. 416) avance que la plupart des chansons parodiées ont été créées dans les années 1970 et 1980 et il suggère (p. 417-418) que les parodies sur des chansons du XXIe siècle sont moins visionnées que celles du XXe siècle. Notre corpus montre le contraire (revoir la figure 2). 54 % (n=89) des parodies québécoises utilisent la musique de chansons des années 1990 ou du XXe siècle. De plus, 7 des 15 parodies québécoises comptant plus de 200 000 visionnements reprennent la musique de chansons des années 2010.

Un attachement particulier à la nation québécoise

L’Australien Stratton (2021, p. 419) affirme qu’il existe des parodies de chanson interprétées par des gens notamment de Hong Kong, de Singapour, du Royaume-Uni, du Canada et de l’Afrique du Sud et il précise que les parodies de ces personnes de divers pays sont basées sur des chansons américaines ou britanniques connues. Notre recherche démontre que les parodies québécoises ne suivent pas le même courant, car la majorité des parodies (64 % ; n=106) n’utilisent pas la musique des succès américains et britanniques, mais plutôt la musique de chansons créées au Québec. De plus, 83 % (n=15) des chansons ayant été parodiées plus d’une fois sont québécoises (revoir le tableau 2).

 

Conclusion

Les diverses analyses qualitatives et quantitatives que nous avons effectuées permettent de formuler deux constats : les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 1) ne constituent pas un phénomène homogène en regard aux types de parodistes et 2) mettent en évidence un contraste, en lien avec la notion de culture distincte du Québec, entre la création musicale et la consommation en ligne.

Une certaine hétérogénéité dans l’homogénéité

La comparaison des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 avec les parodies et les productions artistiques médiatisées d’autres nations a montré des ressemblances et différences notables. Comme leurs équivalents d’autres nations, les parodies québécoises liées à la COVID-19 ont majoritairement été réalisées par des personnes de sexe masculin, au début de la pandémie et avec certains thèmes traités à des moments précis, tel que le papier hygiénique, un thème abordé après les premiers cas d’infection au SRAS-COV-2. Elles se distinguent des parodies d’autres nations par leur traitement positif de la politique provinciale et par leur répertoire parodié plutôt récent, provenant généralement du Québec.

Notre recherche a également permis de découvrir que les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 constituent un phénomène soudain et que la plupart des parodistes n’ont publié qu’une seule parodie. Ces parodies ont habituellement exigé beaucoup d’efforts, car la plupart des paroles ont été modifiées et les interprètes chantent et s’accompagnement généralement d’un instrument de musique.

Malgré cette apparente homogénéité des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19, des analyses quantitatives ont montré que ces œuvres ne sont pas traitées de la même manière par les trois principaux types de parodistes, soit les chanteurs professionnels, les chanteurs amateurs et les humoristes.

Les tests d’indépendance du khi carré ont indiqué des relations statistiquement significatives entre le statut des parodistes et l’exploitation de certains thèmes étroitement liés à la pandémie, soit l’exhortation explicite au respect des mesures sociosanitaires, le lavage de mains, le confinement et le masque.

Les statistiques descriptives ont permis de dégager, pour leur part, des caractéristiques spécifiques aux parodies de notre corpus selon le type de parodiste. Plus de la moitié des parodies de notre échantillon réalisées par des chanteurs professionnels, par exemple, respectent la Loi sur le droit d’auteur et les critères de l’utilisation équitable définis par la jurisprudence canadienne (Brouillette [à paraître]) car elles sont humoristiques et utilisent des extraits de chanson rassemblés en pots-pourris. Les trois-quarts des parodies conçues par les chanteurs professionnels contiennent la source – c’est-à-dire le titre du chant parodié ou l’interprète qui lui est traditionnellement associé – dans le titre ou la description de la vidéo et la moitié sont désignées en tant que parodie par le propriétaire de la chaîne YouTube. Les chansons parodiées par les chanteurs professionnels sont généralement d’origine québécoise et datent souvent des années 1980 ou 1990. Les chanteurs professionnels s’accompagnent habituellement avec des instruments visibles à l’écran.

La plupart des parodies des chanteurs amateurs de notre corpus portent sur le confinement, ne visent pas à faire rire l’auditoire et sont accompagnées par des instruments visibles à l’écran. Les chansons parodiées, d’origine québécoise et datant du XXIe siècle dans la plupart des cas, sont habituellement utilisées en entier, ce qui contrevient à l’utilisation équitable permise au Canada par la Loi sur le droit d’auteur. Toutefois, le titre ou l’interprète principal du chant parodié est mentionné la plupart du temps dans le titre ou la description de la vidéo. Contrairement à plusieurs parodies de chanson liées à la COVID-19 réalisées par des chanteurs professionnels ou des humoristes, aucune parodie produite par un chanteur amateur n’a recueilli plus de 100 000 visionnements. De plus, les chanteurs amateurs exploitent davantage que les chanteurs professionnels et les humoristes quatre thèmes étroitement liés à la pandémie de COVID-19, soit le respect des mesures sociosanitaires, le lavage de mains, le confinement et le masque.

Quant aux humoristes, ils mentionnent rarement des informations sur la chanson parodiée, se servent généralement d’extraits de chansons étrangères et publient souvent leurs parodies sous forme de pots-pourris. À une exception près dans notre corpus, les parodies des humoristes n’utilisent pas le mot parodie, intègrent l’humour et se servent d’une trame sonore préenregistrée comme accompagnement musical.

Une culture distincte 

Notre recherche apporte un éclairage inédit sur la culture distincte du Québec par rapport au reste du Canada en regard aux habitudes de création et de consommation musicales des Québécois. Plusieurs chercheurs ont déjà écrit sur les concepts de culture distincte (Côté 1990, p. 108 ; Saint-Pierre 2011) et de société distincte (O’Neal 1995 ; Talin 2017 ; Warren et Langlois 2020) en relevant les différences entre le Québec et les autres provinces et territoires du Canada. L’argumentation de Jean-Philippe Warren et Simon Langlois (2020) sur le caractère distinct du Québec, par exemple, repose sur la culture propre au Québec, ses institutions, son développement, ses références nationales ainsi que son statut politique et juridique spécial. Les origines du caractère distinct de la société québécoise se situerait, d’après Brian O’Neal (1995), au début du régime anglais, plus précisément en 1763, avec l’emploi simultané du droit français et de la common law. En 2006, après de vifs débats, la Chambre des communes à Ottawa a adopté une motion reconnaissant la nation québécoise au sein du Canada (Lacroix s.d.). À propos spécifiquement de l’industrie musicale, Marie-Julie Desrochers (2021), la directrice des affaires institutionnelles et de recherche de l’Association de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), a montré que l’écosystème québécois est unique, car, entre autres, il est un des seuls au monde qui ne soit pas dominé par les multinationales, « plus de 95 % de la production de disques, de spectacles et de vidéos en français [étant] le fait d’indépendants ».

Notre étude montre, d’une part, que la création des parodies québécoises liées à la COVID-19 contribue à étayer la thèse de la culture distincte du Québec, mais que, d’autre part, la consommation globale numérique – voire le nombre de visionnements – des parodies de notre corpus reflète une tendance vers une uniformisation de la culture occidentale.

D’un côté, la majorité des parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 reprennent des chansons québécoises malgré le fait que, d’après Stratton (2021, p. 419), la plupart des parodies de chanson liées à la COVID-19 produites dans plusieurs pays, y compris le Canada, utilisent les succès américains ou britanniques. De plus, 83 % des chansons de notre corpus ayant été parodiées plus d’une fois sont québécoises (revoir le tableau 2) et 82 % des artistes ou groupes dont plusieurs chansons ont été parodiées sont Québécois (revoir le tableau 3). Cette utilisation massive du répertoire local, plutôt que des succès internationaux, dans les parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 devient ainsi un nouvel argument illustrant le caractère distinct de la culture du Québec par rapport à celle du reste du Canada et d’autres pays.

D’un autre côté, malgré le nombre plus élevé de parodies québécoises utilisant la musique québécoise plutôt qu’étrangère, l’ensemble des parodies québécoises sur des musiques hors Québec ont été visionnées trois fois plus que celles sur des chansons du Québec. De plus, 11 des 15 parodies québécoises ayant récolté plus de 200 000 visionnements reprennent des succès étrangers (revoir le tableau 4). En supposant que les parodies québécoises aient été visionnées majoritairement par des Québécois, ces données de consommation ne contribueraient pas à étayer la thèse de la culture distincte du Québec, mais elles refléteraient plutôt, par ricochet, une tendance des Québécois à consommer en ligne davantage de musique étrangère plutôt que québécoise. Cette hypothèse concorde en partie avec les récentes données statistiques sur la consommation canadienne et québécoise de la musique en ligne. En fait, les données de 2020 reproduites par l’Institut de la statistique du Québec (2022) montrent que la majorité des 20 albums numériques les plus vendus au Québec ont été réalisés par des artistes et des maisons de disque du Québec tandis que la plupart des 20 pistes numériques les plus vendues au Québec ont été produites à l’extérieur du Québec par des artistes étrangers. Claude Fortier (2021, p. 1) précise que 41 % des produits de musique numérique vendus au Québec en 2020 sont québécois, soit 54 % pour les albums numériques et 17 % pour les pistes numériques. En résumé, la proportion de produits musicaux québécois achetés en ligne par les Québécois varie selon le type de produit (album ou piste). Le nombre de visionnements plus élevé de parodies québécoises sur des musiques étrangères plutôt que québécoises concordent ainsi avec l’achat accru au Québec de pistes numériques de musiques étrangères plutôt que québécoises.

Le contraste entre les deux observations – soit la prééminence de parodies québécoises de chanson liées à la COVID-19 reprenant la musique d’œuvres québécoises et le nombre de visionnements largement plus élevé pour les parodies sur des musiques hors Québec – peut s’expliquer par le processus de recommandation d’écoute de YouTube. Étant donné qu’environ 80 % du temps d’écoute sur YouTube est lié aux recommandations de l’entreprise et qu’un nombre restreint d’œuvres musicales est associé à la quasi-totalité des écoutes sur cette plateforme (Paré et Payette 2021), ce système tend à uniformiser le répertoire écouté partout dans le monde. Eve Paré et Jérôme Payette (ibid.), respectivement directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) et directeur général de l’Association des professionnels de l’édition musicale (APEM), donnent l’exemple de la dernière semaine d’octobre 2021, alors qu’environ 7 % des écoutes de musique en continu sur YouTube par des Québécois concernaient des pièces d’artistes de la province, ce qui représente environ sept fois moins que les parts habituellement observées dans les ventes de disques. Les algorithmes actuellement utilisés par YouTube pourraient ainsi avantager les parodies qui reprennent des succès internationaux en les recommandant davantage aux internautes, au détriment des parodies qui utilisent un répertoire local. L’imposition aux plateformes de diffusion de musique en continu de règles à l’image des quotas de musique canadienne et francophone imposés aux radiodiffuseurs québécois et canadiens pourrait peut-être atténuer ce déséquilibre et, par le fait même, contribuer à la valorisation de la culture distincte du Québec.

Pistes de recherches ultérieures

Même si notre étude a permis de mieux cerner la version québécoise du phénomène planétaire des parodies de chanson liées à la COVID-19, des recherches supplémentaires semblent encore nécessaires. D’autres études pourraient se pencher sur la comparaison entre le répertoire de compositions originales traitant de la COVID-19 et les parodies de chanson liées à la pandémie, sur les motivations des gens à créer des parodies de chanson, sur les liens intertextuels entre le texte d’origine et les modifications apportées, sur les styles musicaux des chansons parodiées, sur les retombées des parodies dans la carrière des interprètes et sur la comparaison des parodies de chanson liées à la COVID-19 avec des parodies d’autres époques.

 

Bibliographie

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PDF

RMO_COVID_Brouillette

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Citation

  • Référence papier (pdf)

Louis Brouillette, « Les parodies de chanson liées à la COVID-19. La version québécoise d’un phénomène mondial », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2022, p. 89-120.

  • Référence électronique

Louis Brouillette, « Les parodies de chanson liées à la COVID-19. La version québécoise d’un phénomène mondial », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2022, mis en ligne le 14 mars 2022, https://revuemusicaleoicrm.org/rmo-hors-serie-2022/parodies-covid/, consulté le…


Auteur

Louis Brouillette, Université de Sherbrooke

Louis Brouillette est chargé de cours à l’École de musique de l’Université de Sherbrooke, professeur à temps partiel à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa, musicologue de l’Orchestre symphonique de Sherbrooke et organiste-concertiste. Il est titulaire d’un doctorat en musicologie de l’Université de Montréal et il a complété un microprogramme de 3e cycle universitaire en méthodologie de la recherche en éducation à l’Université de Sherbrooke.

Notes

Notes
1 L’utilisation du genre masculin a été adoptée afin de faciliter la lecture et n’a aucune intention discriminatoire.
2 Pour connaître les dates des principaux événements et mesures liés à la covid-19 au Québec, voir la ligne du temps de l’Institut national de santé publique du Québec à https://www.inspq.qc.ca/covid-19/donnees/ligne-du-temps, consulté le 27 janvier 2022.
3 Une parodie a été considérée comme humoristique si plus d’un commentaire Web mentionnait cette caractéristique ou si un consensus sur la présence d’humour était obtenu entre l’auteur de l’article et une de ses collègues, diplômée d’une maîtrise en musique.

ISSN : 2368-7061
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