Jean-Jacques Nattiez

Nicolas Meeùs

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Jean-Jacques Nattiez a joué un rôle important dans les débuts de la Société Française d’Analyse Musicale (SFAM). Pour autant que je m’en souvienne, je l’ai rencontré pour la première fois lors du premier Congrès européen d’analyse musicale, à Colmar, en 1989.

Il faut rappeler brièvement ces événements. Pierre-Marie Sgard, qui n’était pas musicologue, avait fondé la SFAM et créé la revue Analyse musicale en 1985. Jean-Jacques y a publié dans le no 2 « La sémiologie musicale dix ans après1Jean-Jacques Nattiez, « La Sémiologie musicale dix ans après », Analyse musicale, no 2, 1986, p. 22-33 et 51. », qui mérite d’être relu parce que, quarante ans plus tard, il n’a rien perdu de son importance. Poussé peut-être par le titre de la revue, Jean-Jacques décrit la sémiologie musicale comme une forme d’analyse musicale à côté d’autres, notamment de l’analyse schenkérienne. Il ne prend pas formellement position dans le débat concernant les significations intrinsèque ou extrinsèque de la musique, mais on sent bien qu’il se range plutôt du côté de la première, suivant en cela Nicolas Ruwet et Roman Jakobson. Il n’avait probablement pas connaissance, en écrivant cet article, du Projet International sur la Signification Musicale (IPMS) qu’Eero Tarasti avait fondé un an auparavant. Enfin, il mentionne plusieurs fois l’importance de la sémiologie musicale en ethnomusicologie, qui demeure pour lui aujourd’hui encore un domaine particulièrement important.

Au premier Congrès européen, Jean-Jacques avait été, avec Jean Molino, le modérateur de la première séance plénière, « Méthodologie comparée. D’une épistémologie de l’analyse à une logique de la musique », dont il a publié le compte rendu2Jean-Jacques Nattiez, « Compte rendu de la Séance plénière A », Analyse musicale, hors-série, 1991, p. 6-16.. Je retiendrai notamment qu’il y est à nouveau fait plusieurs fois mention de l’analyse schenkérienne, à laquelle j’étais alors assez violemment opposé : je considérais que le langage en était abscons et anti-musical ; j’avais noté en outre certaines positions politiques de Schenker assez inacceptables. Je ne connaissais Schenker qu’au travers de ce que nous en avait dit Célestin Deliège. Mais j’ai accepté peu après de faire la traduction française de L’écriture libre (Der freie Satz), traduction publiée en 19933Heinrich Schenker, L’écriture libre, traduit de l’allemand par Nicolas Meeùs, 2 vols., Liège, Mardaga, 1993., et j’ai découvert tout autre chose que ce que Célestin nous en avait dit. Je suis donc devenu un ardent défenseur de l’analyse schenkérienne, alors qu’il me semble que Jean-Jacques s’en est plutôt détourné par la suite.

Nos chemins se sont croisés ensuite à plusieurs reprises, pour des discussions parfois enflammées, mais toujours fascinantes – et instructives. Je me souviens en particulier d’entretiens avec Jean-Jacques et Jean Molino, à propos de la tripartition, dans un café à l’angle des boulevards Saint-Michel et Saint-Germain, à Paris. Mais nous nous sommes rencontrés plusieurs fois, lors de Congrès européens d’analyse musicale, lors d’une réunion à Montréal, en novembre 2013, à propos de son ouvrage Analyses et interprétations de la musique, lors de rencontres organisées par la SFAM, ou, par écrit cette fois, pendant la rédaction de mes participations à l’Encyclopédie pour le XXIe siècle4Nicolas Meeùs, « Scale, polifonia, armonia », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Enceclopedia della musica, « 2. Il sapere musicale », Torino, Einaudi, 2002, p. 72-88 ; Nicolas Meeùs, « Teorie musicali in epoca romantica », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Enceclopedia della musica, « 5. L’unità de la musica », Torino, Einaudi, 2005, p. 627-644 ; Nicolas Meeùs, « Polyphonie, harmonie, tonalité », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, « 2. Les savoirs musicaux », Arles/Paris, Actes Sud/Cité de la musique, 2004, p. 116-133 ; Nicolas Meeùs, « Théories musicales à l’époque romantique », dans … Continue reading, ou de ma contribution à l’ouvrage The Dawn of Music Semiology5Nicolas Meeùs, « Schenker’s Inhalt, Schenkerian Semiotics. A Preliminary Study », dans Jonathan Dunsby et Jonathan Goldman (dir.), The Dawn of Music Semiology. Essays in Honor of Jean-Jacques Nattiez, New York, University of Rochester Press, 2017, p. 81-96..

Il me semble, à la réflexion, que Jean-Jacques m’a accompagné tout au long de ma carrière de musicologue, d’analyste et de sémiologue. Nous n’en avons pas terminé et même si nous avons dépassé l’âge de lire Tintin6C’est ce que prétendait le Journal de Tintin, « Le journal des jeunes de 7 à 77 ans », mais ni Jean-Jacques ni moi n’y avons vraiment cru. Voir par exemple Jean-Jacques Nattiez et Renaud Nattiez, Hergé musicien ?, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2025., il nous reste beaucoup à faire. Je souhaite donc longue vie à Jean-Jacques, avec mes remerciements.


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Citation

  • Référence papier (pdf)

Nicolas Meeùs, « Jean-Jacques Nattiez », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2026, p. 51-52.

  • Référence électronique

Nicolas Meeùs, « Jean-Jacques Nattiez », Revue musicale OICRM, numéro hors série, 2026, mis en ligne le 12 mars 2026, https://revuemusicaleoicrm.org/rmo-hors-serie/jean-jacques-nattiez/, consulté le…


Auteur

Nicolas Meeùs, Sorbonne Université / Institut de Recherche en Musicologie (IreMus)

Nicolas Meeùs est membre du Conseil d’Administration de la Société Belge et de la Société Française d’Analyse Musicale, membre permanent de l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus, CNRS), professeur émérite de Sorbonne Université, où il a été directeur l’UFR de Musique et Musicologie de 1999 à 2004 et directeur adjoint de l’École doctorale « Concepts et langages » de 2004 à 2013. Il y a enseigné la théorie musicale médiévale, l’analyse (musique ancienne et musique classique), l’analyse schenkérienne et l’organologie. Il a été professeur d’histoire de la musique aux Conservatoires royaux de Liège et de Bruxelles et Directeur du Musée des instruments de musique à Bruxelles.

Notes

Notes
1 Jean-Jacques Nattiez, « La Sémiologie musicale dix ans après », Analyse musicale, no 2, 1986, p. 22-33 et 51.
2 Jean-Jacques Nattiez, « Compte rendu de la Séance plénière A », Analyse musicale, hors-série, 1991, p. 6-16.
3 Heinrich Schenker, L’écriture libre, traduit de l’allemand par Nicolas Meeùs, 2 vols., Liège, Mardaga, 1993.
4 Nicolas Meeùs, « Scale, polifonia, armonia », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Enceclopedia della musica, « 2. Il sapere musicale », Torino, Einaudi, 2002, p. 72-88 ; Nicolas Meeùs, « Teorie musicali in epoca romantica », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Enceclopedia della musica, « 5. L’unità de la musica », Torino, Einaudi, 2005, p. 627-644 ; Nicolas Meeùs, « Polyphonie, harmonie, tonalité », dans Jean-Jacques Nattiez (dir.), Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, « 2. Les savoirs musicaux », Arles/Paris, Actes Sud/Cité de la musique, 2004, p. 116-133 ; Nicolas Meeùs, « Théories musicales à l’époque romantique », dans Jean-Jacques Nattiez, Musiques. Une encyclopédie pour le XXIe siècle, « 4. Histoire des musiques européennes », Arles/Paris, Actes Sud/Cité de la Musique, 2006, p. 1049-1068.
5 Nicolas Meeùs, « Schenker’s Inhalt, Schenkerian Semiotics. A Preliminary Study », dans Jonathan Dunsby et Jonathan Goldman (dir.), The Dawn of Music Semiology. Essays in Honor of Jean-Jacques Nattiez, New York, University of Rochester Press, 2017, p. 81-96.
6 C’est ce que prétendait le Journal de Tintin, « Le journal des jeunes de 7 à 77 ans », mais ni Jean-Jacques ni moi n’y avons vraiment cru. Voir par exemple Jean-Jacques Nattiez et Renaud Nattiez, Hergé musicien ?, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2025.

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