Écartée un temps de la réflexion sur l’art, l’esthétique a connu un nouvel élan au sein de la recherche ces 25 dernières années. Dans le domaine de la musique, des ouvrages de référence se sont imposés et ont redonné une place centrale à ses préoccupations tout en les teintant des enjeux de notre époque. Dès lors, une interrogation cristallise les recherches : qu’en est-il du goût musical dans le monde au XIXe siècle ?

C’est autour de cette thématique que se sont réunis musicologues, compositeurs et musiciens lors du Colloque en esthétique musicale organisé à la Faculté de musique de l’Université de Montréal en février 2013. À cette occasion, plusieurs conférenciers ont accepté de répondre au micro de Danick Trottier pour aborder les questions de goût et de jugement esthétique d’après leurs expériences personnelles. Découvrez leurs témoignages. 


Anne Midgette

Crédit photo : Marvin Joseph / The Washington Post.

Diplômée de l’Université de Yale, Anne Midgette a écrit pour les plus prestigieux journaux américains. Installée en Allemagne, elle publie ponctuellement des critiques musicales et en art visuel de manière régulière pour Opéra News et le Wall Street Journal. De retour aux États-Unis, elle rejoint le New York Times et signe de nombreux articles de 2001 à 2007. Elle est également cheffe de la rubrique « Critique de musique classique » au Washington Post1 depuis 11 ans lorsqu’elle annonce au mois de novembre 2019 mettre terme à son contrat et se retirer du journalisme pour devenir écrivain et critique indépendant. Parallèlement à ses publications dans la presse, Anne Midgette a écrit deux ouvrages biographiques en collaboration avec leurs sujets, l’un avec Herbert Breslin, manager de Pavarotti2, le second avec le pianiste Léon Fleisher3.

De Bernstein, à la place de la critique aux États-Unis, en passant par un regard décomplexé sur le discours musical, retrouvez son entrevue ici.

[1] Articles parus dans le Washington Post : https://www.washingtonpost.com/people/anne-midgette/.
[2] Herbert Breslin et Anne Midgette (2004), The King and I. The Uncensored Tale of Luciano Pavarotti’s Rise to Fame by His Manager, Friend and Sometime Adversary, New York, Broadway Books.
[3] Léon Fleisher et Anne Midgette (2010), My Nine Lives. A Memoir of Many Careers in Music, New York, Doubleday.


François Picard

Le théâtre constitue le premier domaine d’études de François Picard, titulaire d’un master en Études techniques et esthétique du théâtre. Flûtiste, joueur d’orgue à bouche et saxophoniste, il obtient un diplôme en Composition électroacoustique avant de partir étudier au Conservatoire de Shangaï. Passionné par ses terrains en Asie, et plus particulièrement en Chine, il soutient une thèse sur la musique bouddhique chinoise, sous la direction de Iannis Xenakis. Aujourd’hui professeur d’ethnomusicologie à Sorbonne Université, il alterne entre ses activités de musicien, récompensées notamment par deux prix de l’Académie Charles-Cros1, et son poste de chercheur à l’Institut de Recherche en Musicologie (IReMus). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles portant essentiellement sur la musique chinoise2.

De Paris à Shangaï, voyagez au fil des rencontres de François Picard dans son entrevue ici.

[1] Opéra du Sichuan. La légende de Serpent Blanc, Buda Musique, MV4359, 1992 ; France, Alpes du Sud-Dauphiné. Rigodon sauvage, Ocora, C560053, 1995.
[2] François Picard ([1991]2003), La musique chinoise, éd. corrigée, augmentée et mise à jour, Paris, You-Feng.


Renaud Machart

Pratique et théorie musicales ont conjointement nourri le parcours de Renaud Machart, formé à la fois en musicologie et au conservatoire. Il intègre le milieu professionnel d’abord en tant que chanteur puis directeur artistique de différentes formations et évènements. Dès 1990, il écrit des critiques pour le journal Le Monde1 et produit parallèlement plusieurs émissions radiophoniques pour France Musique2. D’abord axées sur l’opéra, ces dernières s’étendent par la suite à divers styles musicaux et abordent pour certaines l’offre culturelle de manière plus générale. Journaliste, producteur, chroniqueur, il dirige également la collection de disques « Ina, mémoire vive » de 1992 à 2009. Spécialiste des musiques américaines, il rédige notamment plusieurs ouvrages à propos de grands chefs d’orchestre des États-Unis.

De « Bonne nuit les petits » aux plus grands médias, retrouvez le récit sans détours de Renaud Machart ici.

[1] Articles parus dans Le Monde : https://www.lemonde.fr/signataires/renaud-machart/.
[2] Émissions produites pour France Musique : https://www.francemusique.fr/personne/renaud-machart.


Martin Kaltenecker

Titulaire d’un doctorat en musicologie de Sorbonne Université, sous la direction de Danièle Pistone, Martin Kaltenecker s’intéresse particulièrement aux musiques dites « savantes » des XIXe et XXe siècles. En 1985, il fonde la revue de musique contemporaine Entretemps qu’il dirige jusqu’en 1992. Boursier du Wissenschaftskolleg zu Berlin (2006-2007), il est l’auteur de nombreux articles d’esthétique musicale et publie en 2010 L’oreille divisée1, ouvrage fréquemment cité dans les sphères de la recherche. Martin Kaltenecker contribue à plusieurs productions de Radio France. Également maître de conférences à l’Université Paris-Diderot, il est membre du Centre d’études et de recherches interdisciplinaires de l’UFR Lettres, Arts et Cinéma (CERILAC), au sein duquel il poursuit des recherches sur « L’écriture mélodique au XXe siècle. Le bruit dans la fiction »2.

De la flûte à bec à Beethoven, découvrez les histoires de goûts de Martin Kaltenecker ici.

[1] Martin Kaltenecker (2010), L’oreille divisée. Les discours sur l’écoute musicale aux XVIIIe et XIXe siècles, Paris, Éditions MF. Recension disponible ici : http://revuemusicaleoicrm.org/rmo-vol6-n1/loreille-divisee/.
[2] Voir l’ensemble de ses publications et recherches ici : https://cerilac.u-paris.fr/martin-kaltenecker.


Flavia Gervasi

Après des études de lettres et de philosophie, Flavia Gervasi a obtenu une maîtrise et un doctorat en musicologie à l’Université de Montréal sous la direction de Jean-Jacques Nattiez. Sa thèse porte sur les traditions orales du sud de l’Italie1. L’analyse de la voix chantée dans les musiques populaires était un axe majeur de ses recherches qu’elle articulait à des réflexions sur les politiques culturelles propres à ce répertoire. Flavia Gervasi enseignait en sociomusicologie, musiques du monde et musiques populaires à l’Université de Montréal où elle rejoignait alors l’Observatoire interdisciplinaire de recherche et création en musique (OICRM). Auteure de nombreuses publications soutenues par des bourses et subventions internationales, elle a notamment dirigé un volume sur la voix chantée2, publié en 2015. Flavia Gervasi travaillait au sein de plusieurs groupes de recherche internationaux et participait fréquemment à des conférences en Europe et en Amérique du Nord. Elle est décédée le 11 février 2020.

Laissez-vous guider dans l’expérience esthétique grâce à la voix de Flavia Gervasi ici.

[1] Flavia Gervasi (2012), Ethnomusicologie et esthétique : de la réflexion épistémologique à la recherche de terrain. Une étude comparative de la vocalité de tradition orale au sud de l’Italie, thèse de doctorat, Université de Montréal.
[2] Flavia Gervasi (dir.) (2015), Le dimensioni della voce. Una introduzione all’espressività dei prodotti vocali, Nardó, Besa.


Jean During

Titulaire d’un doctorat en musicologie, Jean During consacre ses recherches aux musiques d’Asie intérieure. À travers ses nombreux voyages dans la région, il rencontre des musiciens qui l’initient aux traditions musicales locales et publie une cinquantaine de disques enregistrés lors de ses terrains. Installé pendant plusieurs années en Iran, il étudie la musique iranienne auprès des plus grands maîtres. Ses écrits portent sur les relations entre les musiques traditionnelles et la société musulmane, notamment dans sa dimension mystique1. Professeur émérite au Centre national de recherche scientifique (CNRS), il poursuit ses recherches au sein du Laboratoire d’ethnomusicologie et sociologie comparative (LESC).

Éloge de la lenteur et ouverture au monde, autorisez-vous une pause en compagnie de Jean During ici.

[1] Par exemple :

  • Jean During (2010), Musiques d’Iran. La tradition en question, Paris, Geuthner.
  • Jean During (2007), La voix du chamane. Étude sur les baxshi du Tadjikistan, Paris, Ifeac-L’Harmattan.

Frédéric Léotar

Crédit photo : Vincent Roy.

Après un doctorat en ethnomusicologie à l’Université de Montréal sous la direction de Jean- Jacques Nattiez, Frédéric Léotar poursuit ses recherches sur l’Asie centrale et la Sibérie méridionale. Spécialiste des musiques de tradition orale associées à ces territoires, il participe à plusieurs projets destinés à la conservation, la diffusion et la revitalisation de ce patrimoine, notamment en tant que consultant pour l’Unesco. Cofondateur et directeur général du Centre des musiciens du monde de Montréal, il enseigne l’ethnomusicologie à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université de Montréal. Il est également membre régulier de l’OICRM. Il réalise deux documentaires et trois disques avant de publier son premier ouvrage, La steppe musicienne1, récipiendaire du prix Opus Livre de l’année en 2015 et Coup de cœur de l’Académie Charles-Cros.

Émotions et rencontres humaines, plongez dans les récits de Frédéric Léotar ici.

[1] Frédéric Léotar (2014), La steppe musicienne. Analyses et modélisation du patrimoine musical turcique, Paris, Vrin.


Dana Rappoport

Spécialiste des traditions orales de l’archipel insulindien et titulaire d’un doctorat en ethnomusicologie à l’Université Paris Nanterre, Dana Rappoport s’intéresse aux musiques de petites sociétés insulaires de la région, comme les Toraja de l’île de Sulawesi, en Indonésie1. Elle étudie les spécificités de leurs musiques à travers les pratiques, les systèmes et les rituels. Chercheuse CNRS au sein du Centre Asie du Sud-Est (CASE), elle est l’auteure de nombreux articles et chapitres d’ouvrages2 et enseigne également à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Paris).

Des rituels indonésiens aux fanfares bolchéviques, découvrez l’interview de Dana Rappoport ici.

[1] Dana Rappoport (2009), Chants de la terre aux trois sangs. Musiques rituelles des Toraja de l’île de Sulawesi, Indonésie, Paris, Maison des sciences de l’homme.
[2] Voir également son fonds d’archives en libre accès : https://archives.crem-cnrs.fr/search/quick/collection/?q=Rappoport.


Christine Guillebaud

Docteure en anthropologie, Christine Guillebaud a mené plusieurs terrains dans les espaces publics et domestiques en Inde et reçu un prix de l’Académie Charles Cros pour son livre Le chant des serpents. Musiciens itinérants du Kerala1. Ses recherches en anthropologie du sonore portent principalement sur les formes, caractéristiques techniques et sociales des ambiances qui émergent des lieux publics. Elle a notamment dirigé dans ce cadre l’ouvrage collectif Toward an Anthropology of Ambient Sound2, ainsi que le livre Worship Sound Spaces. Architecture, Acoustics and Anthropology3. Elle coordonne également le programme MILSON – Pour une Anthropologie des MILieux SONores. Chercheure au CNRS et codirectrice du Centre de recherche en ethnomusicologie du LESC (Université Paris-Nanterre), elle est l’auteure de nombreux articles et éditrice de plusieurs numéros de revues thématiques sur la musique ; elle a également réalisé des créations sonores et émissions de radio portant sur les environnements sonores.

Entre expérience personnelle et rapport aux autres, retrouvez les réflexions de Christine Guillebaud ici.

[1] Christine Guillebaud (2008), Le chant des serpents. Musiciens itinérants du Kerala, Paris, CNRS Éditions. En ligne : http://books.openedition.org/editionscnrs/15501.
[2] Christine Guillebaud (dir.) (2017), Toward an Anthropology of Ambient Sound, London/New-York, Routledge, Anthropology series.
[3] Christine Guillebaud et Catherine Lavandier (dir.) (2020), Worship Sound Spaces. Architecture, Acoustics, Anthropology, London/New York, Routledge Research in Architecture.


Alban Ramaut

Premier prix d’histoire de la musique du Conservatoire national de musique de Paris, Alban Ramaut a également soutenu une thèse en musicologie intitulée « Berlioz et le théâtre de son temps. Une nouvelle forme d’expression lyrique ? » à Sorbonne Université. Ses recherches portent sur le romantisme dont il questionne les origines musicales en France, notamment dans l’ouvrage Généalogies du romantisme musical français1 qu’il a codirigé. Il est l’auteur ou (co)directeur de plusieurs publications sur le compositeur Hector Berlioz et a également coordonné un ouvrage consacré à Francis Poulenc2. Professeur de musicologie à l’Université Jean Monnet (Saint-Étienne), Alban Ramaut est membre de l’Institut d’histoire des représentations et des idées dans les modernités (IHRIM). Il a coédité plusieurs ouvrages parus récemment3 et est également l’éditeur des écrits et entretiens de la compositrice Betsy Jolas4.

Beauté, écoute et complétude, partagez les expériences d’Alban Ramaut ici.

[1] Olivier Bara et Alban Ramaut (dir.) (2012), Généalogies du romantisme musical français, Paris, Vrin.
[2] Alban Ramaut, Emmanuel Reibel et John E. Gardiner (dir.) (2019), Hector Berlioz. 1869-2019 ; 150 ans de passions, Château-Gontier, Éditions Aedam musicae ; Alban Ramaut (2002), Francis Poulenc et la voix, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne.
[3] Mélanie Traversier et Alban Ramaut (dir.) (2019), La musique a-t-elle un genre ?, Paris, Publications de la Sorbonne ; Alban Ramaut et Céline Carenco (2018), La série Musique de l’Encyclopédie méthodique (1791-1818). Lexique, nomenclature et idéologies, Paris, Honoré Champion.
[4] Betsy Jolas (2017), De l’aube à minuit, écrits et entretiens réunis et édités par Alban Ramaut, Paris, Hermann, collections du GREAM, « Création contemporaine ».


Alessandro Arbo

Diplômé en piano et titulaire d’un doctorat en herméneutique, Alessandro Arbo a consacré ses recherches principalement à l’esthétique et à la philosophie de la musique. Il s’intéresse plus récemment à l’étude de la performance et de l’ontologie en musique au sein du Groupe de recherches expérimentales sur l’acte musical (GREAM) qu’il dirige. Auteur de plusieurs études1, membre des comités scientifiques de la Rivista di Estetica et de l’International Review of the Aesthetics and Sociology of Music, sa carrière a été soulignée par plusieurs prix français et italiens. Professeur de musicologie à l’Université de Strasbourg, il coordonne également le groupe de travail sur la musique et l’enregistrement ainsi que sur la musique à l’ère du web.

Du contact aux interactions avec l’auditeur, découvrez les réflexions d’Alessandro Arbo ici.

[1] Par exemple :

  • Alessandro Arbo (2001), La traccia del suono. Espressione e intervallo nell’estetica illuminista, Naples, La Città del Sole.
  • Alessandro Arbo (2010), Archéologie de l’écoute. Essais d’esthétique musicale, Paris, L’Harmattan.
  • Alessandro Arbo (2013), Entendre comme. Wittgenstein et l’esthétique musicale, Paris, Hermann.

ISSN : 2368-7061
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