Séminaire – IASPM-bfE – 3 novembre 2022

Séminaire en ligne de l’IASPM-bfE (International Association for the Study of Popular Music – branche francophone d’Europe), 3 novembre 2022, 17-19h, heure de France.

Barbara Lebrun (Université de Manchester), « Doudous, bambous, tropiques… Imaginaire afro-antillais dans la variété française des années 1980 ».

« La culture française coloniale a longtemps représenté le corps noir selon des stéréotypes genrés, hommes-clown à la Banania ou femmes nues à la Joséphine Baker. Dans les années 1980, ces mêmes représentations perdurent dans la variété francaise avec l’évocation fréquente d‘un Ailleurs afro-antillais exotique dans les paroles, la musique et l’image (par exemple chez Carlos, Richard Gotainer, Julien Clerc, Bernard Ménez, Annie Cordy… voir la playlist YouTube ci-dessous). Toutefois, cette même décennie produit aussi la bande-son de l’anti-racisme, parfois chez les mêmes artistes, et lance des carrières discographiques de conséquence pour quelques chanteurs noirs francophones, puis créolophones (Compagnie Créole, Bibie, Marijosé Alié). Contextualisant un corpus d’une vingtaine de chansons, toutes des tubes commerciaux, cette communication dialogue avec les débats décoloniaux habituellement réservés à la World Music et au rap (e.g. Taylor 2007 ; Murphy 2007) afin d’éclairer la place économique et symbolique des Noirs dans la variété française. Entre héritage colonial, légitime fascination pour l’Autre, intentions anti-racistes et collaborations professionnelles, l’imaginaire afro-antillais dans la métropole des années 1980 se révèle à la fois sensible et sourd à la différence raciale, selon une tension ‘républicaine’ encore perceptible aujourd’hui. »

Giovanni Pietro Vitali (Université de Versailles Saint Quentin en Yvelines), « Voices of Dissent. Approches interdisciplinaires de la nouvelle musique populaire et politique italienne ».

« Dans ce séminaire, nous présenterons les résultats d’une recherche qui a été publiée dans le livre Voices of Dissent (Oxford : Peter Lang, 2020). Cette étude traite de manière interdisciplinaire la musique politique italienne, principalement d’inspiration folk, à travers une approche méthodologique typique des études culturelles avec l’aide d’outils numériques. La période examinée dans cette étude commence dans les années 1960 et va jusqu’à aujourd’hui. À travers l’examen des activités musicales de groupes et d’auteurs-compositeurs-interprètes, attribuables à des positions proches de mouvements idéologiquement alignés sur la gauche ou proches des positions de l’extrême droite, sont mis en évidence les profonds clivages d’un pays qui, aujourd’hui encore, ne parvient pas à se défaire du fascisme, la haine politique des années de plomb et les divisions sociales des années 1990 – 2000 qui ont culminé avec les violences policières qui ont eu lieu à Gênes lors de la réunion du groupe des 8 (G8).

Grâce à une approche profondément interdisciplinaire, nous mettrons d’abord en évidence les connexions culturelles entre la musique politique italienne et les influences populaires et traditionnelles internationales. Dans un deuxième temps, nous illustrerons une étude numérique d’un corpus de quarante et un musiciens, qui approfondit les aspects sociolinguistiques de l’italien afin d’esquisser des interprétations politiques et des études de genre à travers l’analyse du discours aidée par les outils typiques du Traitement Automatique des Langues. Dans la troisième et dernière partie, nous présenterons enfin une étude comparative de la relation entre les textes de ces musiciens politiques et la littérature. »

Pour obtenir le lien d’accès : marion.brachet[a]ehess.fr ou baptistepilo@gmail.com.


ISSN : 2368-7061
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