• Vol. 5 nº 1, février 2018

    Dès lors, ne faudrait-il pas envisager les documentaires sur la fabrication de la musique des films de Werner Herzog comme de véritables making of des films eux-mêmes ? Ces objets filmiques impurs, réalisés sans grands moyens, a priori annexes et à destination de bonus DVD, tout en nous donnant à mieux comprendre et à entendre la musique des films, ne nous donnent-ils pas aussi à mieux saisir les enjeux des films pour lesquels ces musiques ont été conçues ? Est-ce par ailleurs un hasard si ces trois making of concernent des musiques qui reposent en partie sur de l’improvisation et si le sujet des trois films touche à la question métaphysique de la place de l’homme dans la nature ? Nous verrons en effet que par sa puissance de révélation d’un infigurable et par sa puissance de figuration de l’être moral, la musique chez Herzog concerne tout d’abord la mimèsis. Pour découvrir ensuite une nature entendue comme instrument d’accord d’une part, puis une musique conçue comme puissance d’estrangement d’autre part. Et pour comprendre enfin comment, par-delà la mort, à travers les questions de création et d’incarnation, la musique est une condition essentielle d’accès au corps.