• Vol. 5 nº 1, février 2018

    Hors chant : il y a dans ce hors l’idée simple du retranchement, de la coupe, de la découpe, d’un instrument dont la voix serait privée de la composition à laquelle elle appartient, du lieu où elle chante et où son chant s’écoule, emporté par le flux du temps musical. Tous les fragments musicaux cités par Jean-Luc Godard sont étrangés de leur chant natal, mais n’en sont pas moins pleinement absorbés par le tissu sonore du film qui les accueille et qui ne connaît pas de hiérarchie entre les voix, les bruits et les notes. Ses films s’écoutent comme des compositions. Si Godard résiste le plus souvent à l’idée d’écoulement, de diffusion de la musique dans le film, il témoigne d’une sensibilité extrême envers ses qualités physiques, sa forme d’onde, la puissance et la finesse d’un timbre, les qualités d’un rythme qu’il saisit comme un peintre retiendrait des formes et des couleurs sans considérer les choses, les objets. Ainsi raccordent la puissance d’un orgue et le cri d’une corneille. Ainsi se superposent le crissement des pneus d’une voiture sur la chaussée et un glissando de David Darling au violoncelle.