• Vol. 5 nº 2, novembre 2018

    Les « Variations… sans thème » publiées dans quasiment chaque numéro du Guide du concert entre octobre 1934 et mai 1939 (date à laquelle la revue a interrompu sa parution en raison de la guerre) constituent un de ces lieux où le discours esthétique dans la presse musicale se glisse sans que l’on ne s’y attende. En fait, la rubrique d’Yves Margat (1896-1971) prend la forme d’une série de billets qui commentent de façon humoristique les changements sociomusicaux de son époque. Bien qu’il soit souvent difficile de cerner à quel point les propos polémiques de Margat sont les siens ou constituent eux-mêmes des caricatures ironiques (est-ce le conservatisme qu’il oppose aux changements de la modernité sincère ou s’agit-il plutôt d’une raillerie des bienpensants ?), il n’en demeure pas moins que ses billets promeuvent une vision idéaliste de la musique considérée comme le produit intouchable de l’inspiration du génie. Le discours esthétique se cache donc aussi dans l’humour et peut même en être la victime.

  • Vol. 2 nº 1, janvier 2014

    With the release of Hugo in 2011, director Martin Scorsese provided the film audience with a loving look back to a time in cinematic history when the work of French film-makers like the Lumière Brothers and Georges Méliès populated Parisian entertainment venues. This was the world that experienced Méliès’ celebrated Le voyage dans la lune (1902) and Le cake-walk infernal (1903) to the amazement of audiences, the latter featuring a blackface couple negotiating the dance’s steps in the halls of hell. And this was the world that Claude Debussy inhabited, where blackface minstrelsy and the cakewalk danced by African Americans coexisted on stages and film screens.

  • Vol. 3 nº 1, février 2016

    Dans cet article, nous nous proposons de questionner l’utilisation passe-partout du concept d’« exotisme » dans les discours sur Ravel. En particulier, nous allons nous focaliser sur les Chansons madécasses. Elles forment un recueil dont les éléments paratextuels renvoient ouvertement à un ailleurs : le titre, surtout, ainsi que les illustrations de la première édition (des gravures de Luc-Albert Moreau), qui sont des portraits de vie africaine (Ravel 1926). De plus, une partie de la réception critique de l’époque les reçoit en utilisant les catégories orientalistes classiques, comme nous le montrerons plus loin. Toutefois, peut-on utiliser la même étiquette (« exotique ») pour décrire toute la musique de Ravel ayant des rapports avec l’Autre, et donc utiliser une seule catégorie pour décrire des pièces aussi éloignées que Shéhérazade, les Madécasses, et toutes les œuvres d’inspiration espagnole ? Est-ce qu’en composant les Madécasses, Ravel avait un intérêt exotique au sens romantique, c’est-à-dire un intérêt à stimuler l’imagination par des traits stylistiques standardisés renvoyant à un ailleurs plus ou moins imaginaire ?

  • Vol. 2 nº 2, mai 2015

    Nous nous proposons de contribuer à la réflexion sur le procédé de l’emprunt de matériaux appartenant au répertoire savant passé dans la composition au début du XXIe siècle, dans le contexte actuel du dépassement du postmodernisme et de la reconnaissance d’un modernisme en prolongement. Nous étudierons, à cette fin, le cas de deux compositeurs actuels aux démarches opposées : celui du canadien Michel Gonneville, né en 1950, qui a été notamment élève de Gilles Tremblay, Karlheinz Stockhausen et Henri Pousseur, et celui d’Ofer Pelz, né en 1978, appartenant à la jeune génération de compositeurs récompensés par de nombreux prix internationaux, et notamment invité à la Biennale de Venise à l’automne 2014.