• Vol. 6 nº 1, juillet 2019

    Adopter une approche scientifique de l’analyse des musiques enregistrées représente pour le chercheur un certain dilemme. D’une part, la science implique une rigueur méthodologique, la production de modèles généralisables. D’autre part, chaque œuvre musicale est unique, et les diverses interprétations d’une même œuvre nous indiquent qu’analyser la musique, c’est davantage identifier un réservoir de potentialités expressives que de vouloir les limiter par une approche prescriptive. Alors, comment des outils scientifiques permettent-ils de mieux saisir la liberté artistique d’une interprétation ?

  • Vol. 4 nº 2, novembre 2017

    En août 1913, Lili Boulanger ouvre une ère nouvelle pour les femmes en remportant le premier grand prix de Rome en composition. L’arrivée d’une femme dans un métier jusqu’alors réservé aux hommes, et sa reconnaissance par une institution aussi prestigieuse que l’Académie des Beaux-Arts, déclenche une série d’articles. Certains signataires y voient une victoire, mais d’autres ressentent une défaite, voire un signe de l’affaiblissement de l’art. Avec une ironie qui cerne bien cette tension, le critique et chroniqueur musical Émile Vuillermoz tenait alors ces propos concernant la place croissante des femmes dans le monde musical : « Les esthéticiens misogynes en tirent de funestes présages. Ils nous font remarquer avec aigreur les défauts naturels, les tares originelles de l’interprétation féminine des arts. Ce sera le triomphe de la mièvrerie, de la fadeur, de l’élégance conventionnelle et de la sensiblerie » (Musica, no 114, 1912, p. 45). Parce que de tels mots sont aujourd’hui choquants, ils nous permettent de mesurer le chemin accompli en un siècle par les femmes musiciennes. D’un point de vue musicologique, l’exploration de la critique des femmes compositrice est intéressante. Elle permet de cerner un cadre de représentation symbolique et de pratiques sociales, et ainsi de mieux comprendre le contexte musical entourant Lili Boulanger et sa conquête du prix de Rome.

  • Vol. 3 nº 1, février 2016

    Au cours des dernières années, le thème de l’exotisme et de l’orientalisme dans la musique et les beaux-arts a fait l’objet de nombreuses publications qui ont permis un renouvellement du regard et de la pensée sur le sujet. Après les positions assez tranchées de l’approche postcolonialiste de Saïd ([1978]1980), Born et Hesmondhalgh (2000) ont infléchi les réflexions autour du concept d’appropriation des formes symboliques. Plus récemment, Locke (2009) a insisté sur l’importance du réseau de significations qui apparaît dans le contexte d’une œuvre où s’entremêlent texte et musique. Après des publications aussi riches, que peut-on écrire de nouveau ?

  • Vol. 3 nº 1, février 2016

    Les principales idées de cet article ont d’abord été présentées lors d’une conférence au Musée des beaux-arts de Montréal, dans le cadre de l’exposition « Merveilles et mirages de l’orientalisme ». Les deux commissaires de l’exposition, Nathalie Bondil et Axel Hémery, mentionnent dans la préface du catalogue que l’Orient de Benjamin-Constant a été déclenché par un voyage à Grenade et à Tanger, qui a agi sur l’imaginaire du peintre : « ethnographie tirée vers le pittoresque, fascination sulfureuse de la femme orientale fantasmée, peinture d’histoire ponctuée de violences et d’arbitraire » (Bondil 2014, p. 21). Un peu plus loin, dans le chapitre consacré à « La palette du peintre », Hémery ajoute que le tableau intitulé Entrée du sultan Mehmet II à Constantinople le 29 mai 1453 (1876 ; figure 1) « n’est pas la première œuvre orientaliste de Benjamin-Constant, mais [que] c’est celle qui bénéficia du plus grand retentissement et qui lancera le débat sur la nature de l’art de coloriste du peintre » (dans ibid., p. 30). Voulant se démarquer des représentations traditionnelles, le peintre prend appui sur l’orientalisme pour affirmer l’originalité de sa démarche coloriste. Rétrospectivement, lorsqu’on regarde l’importance que prend la couleur chez les peintres du tournant du XXe siècle, cette démarche prend valeur de « symptôme culturel », au sens où l’emploi Ernst Gombrich dans son Histoire de l’art (2001).